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La forêt des renards pendus, Nicolas Dumontheuil

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 12.01.17 dans La Une Livres, Bandes Dessinées, Les Livres, Critiques, Futuropolis, Pays nordiques

La forêt des renards pendus, août 2016, d’après le roman d’Arto Paasilinna, trad. finnois Anne Colin du Terrail, 144 pages, 21 €

Ecrivain(s): Nicolas Dumontheuil Edition: Futuropolis

La forêt des renards pendus, Nicolas Dumontheuil

 

Lire un roman d’Arto Paasilinna constitue l’une des expériences les plus réjouissantes d’une vie de lecteur. Lorsqu’on le découvre, on plonge dans un univers doux amer, où une folie étrange baigne tout naturellement la vie quotidienne dans le Grand Nord. Lorsque l’on dévore les suivants, on se délecte de retrouver une humanité hors normes, un style, une ambiance, uniques et toujours surprenants. Alors, lorsque l’on ouvre une BD, adaptant l’un de ses romans, et pas des moindres, il faut avouer que l’on a un a priori positif, mais en même temps, on se demande comment l’artiste a pu réaliser un tel challenge en confrontant notre imaginaire à sa vision.

Tout commence par le retour dans la ferme familiale de Rafael Juntunen. Pas de retour à la terre ici mais la récupération d’un butin planqué sous le fumier. Voici Juntunen riche à millions mais encore lui faut-il trouver une planque pour se faire oublier et éviter un ancien comparse très remonté. L’homme se rend dans la bourgade de Pujlu, perdue au fond de la Laponie, et s’enfonce, à pied, au beau milieu de la forêt des renards pendus, pour cacher son or.

C’est sans compter sur le destin qui met sur sa route le major Remes en congé pour alcoolisme, puis une vieille paysanne lapone et son chat. Les trois acolytes vont vivre diverses aventures, chacun tentant de tirer l’avantage à lui, mais tout en s’attachant progressivement aux deux autres. Toute la saveur du récit repose sur cette double perspective qui tient le lecteur en haleine. Ce dernier prend fait et cause pour cet improbable trio qui défie les lois de la société mais développe ses propres valeurs et gagne le respect.

En définitive, Nicolas Dumontheuil réussit à faire sien ce style, cette ambiance, cette histoire, leur associant sa propre vision loufoque et son talent. Nous voici face à un album de 144 pages proposant une atmosphère retro, entre gris et sépia, d’où l’on ne ressort qu’une fois l’histoire achevée. Le trait est doux sans pour autant gommer les aspérités des personnages ; ainsi le visage buriné du major ou la trogne renfrognée de Naska. L’attention prêtée aux décors, aux détails, ancre l’intrigue dans son terreau réaliste. Les animaux se distinguent plus particulièrement, présences récurrentes quoique discrètes. Son dessin s’associe à l’histoire de Paasilinna et apporte une nouvelle dimension à l’humour de l’auteur : la présence de Cinq-cent-balles, la « vie de famille » mettant en scène gangster, prostituées et petite mémé, la mort de Naska ou des « voleurs » de butin… sont autant de moments de drôlerie et d’humanité reconquise.

Cette adaptation offre une belle entrée dans l’œuvre du romancier ou un retour réjouissant sur la lecture du récit. Elle se prête également à découvrir le travail de cet illustrateur touche-à-tout et ambitieux qui renouvelle son style à chaque nouveau projet.

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Nicolas Dumontheuil

 

Nicolas Dumontheuil est auteur et dessinateur de BD. En 1995, il reçoit le Prix du festival de Sierre, l’Alpha-art du meilleur album à Angoulême et le Prix René Goscinny pour Qui a tué l’idiot ?

 


A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Membre du comité de rédaction

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.