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La danse de Pluton, Frédéric Saenen

Ecrit par Christopher Gérard 12.09.11 dans Les Livres, Recensions, Publications de nos contributeurs, Roman

La Danse de Pluton, Ed. Weyrich, Neufchâteau 2011, 114 p. 13€

La danse de Pluton, Frédéric Saenen

« Récit bref aux sombres entrechats » : tels sont les mots que, d’une plume encore ferme, Frédéric Saenen a tracés au moment du dessert sur mon exemplaire de La Danse de Pluton, son premier roman, publié dans une toute nouvelle collection dirigée par deux valeurs sûres des lettres belges, Alain Bertrand et Christian Liebens.

Dès l’apéritif (Orval fraîche), l’auteur me confie que ce roman a été rédigé en quelques semaines survoltées à la suite d’un défi. Je connaissais le spécialiste de Céline, l’irrédentiste liégeois, le critique littéraire d’une exemplaire probité, le poète déjanté et le nouvelliste désenchanté. Je le découvre aujourd’hui conteur et, à sa façon, moraliste.

Conte tragique plutôt que roman stricto sensu, La Danse de Pluton se révèle polyphonique: elle se lira comme une chronique sociale, comme l’analyse clinique du délitement d’une certaine Wallonie ravagée par la misère économique, esthétique et spirituelle, puisque l’un des personnages principaux – rien d’un héros ! – est l’un de ces assistés, sociaux et surtout mentaux, des banlieues sinistrées du grand Liège. Comme une méditation sur le destin, puisque Saenen met en scène la rencontre imprévue entre ce paumé en quête d’une vengeance qui prendrait la forme du crime gratuit (un pavé bien net, un lugubre pont d’autoroute, l’hésitant compte à rebours) et la petite Anaïs, fille d’un couple divorcé et qui, grâce à l’un de ses professeurs, trouve son salut dans la danse.

Face à un chômeur déstructuré se prenant, tel Pluton, pour un Dieu instable et destructeur, une enfant lumineuse et concentrée, qui tient elle pour Uranus, dynamique et autonome. Leur collision aura (peut-être) lieu sous ce pont de l’autoroute Liège-Namur où, en juin 1995, furent enlevées les malheureuses Julie et Mélissa.

Avec un séduisant mélange d’esprit, de sensibilité et de culture, Saenen nous a concocté un conte à l’arrière-plan mythologique, d’où l’humour n’est jamais absent, un humour grinçant et diablement efficace, comme l’illustrent l’hilarante satire des enseignants en milieu multiculturel (« socles de compétences » et « démo-créativité»), le récit d’une virée dans le Liège nocturne, les savoureux portraits... Rapide et d’une belle fermeté, le style pâtit parfois de l’impatience d’un écrivain qui, s’il a trouvé sa « petite musique », nous doit le roman accompli qu’il porte en lui.


Christopher Gérard


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A propos du rédacteur

Christopher Gérard

Rédacteur régulier

Né à New York, le 27 juillet 1962. Licencié en philologie classique (Université libre de Bruxelles). Ecrivain. Lauréat du prix F. Denayer de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique pour son ouvrage Aux Armes de Bruxelles (2009).