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L’Ogre et Marguerite, Raphaële Frier, Solenn Larnicol

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 28.11.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Jeunesse, Talents Hauts

L’Ogre et Marguerite, octobre 2015, 25 pages, 13,90 €

Ecrivain(s): Raphaële Frier, Solenn Larnicol Edition: Talents Hauts

L’Ogre et Marguerite, Raphaële Frier, Solenn Larnicol

 

L’Ogre et Marguerite propose un récit à hauteur et mots d’enfant où se croisent un archétype des contes, l’ogre, de multiples métamorphoses animales, des sentiments lus à travers les sensations et l’observation de l’autre, pour dire la peur de l’inconnu, du changement et la force d’y faire face.

À travers les yeux de Marguerite, nous entrons dans un univers à la fois intime et familier : sa chambre emplie d’un sympathique bric-à-brac fait de souvenirs divers cueillis, glanés, trouvés dans la nature, des dessins, des livres, des peluches. Tout un monde concentré en quelques mètres carrés. Puis son jardin où l’on imagine d’infinies possibilités de jeux, de surprises et de cachettes. Et enfin son arbre préféré, « le grand cerisier du fond », « sa place à l’écart du monde ». Un poste d’observation idéal, un refuge magique et gourmand. Mais l’équilibre de ce petit monde vacille lorsqu’un nouveau venu fait son entrée dans cet univers rassurant.

« Du haut de son perchoir, Marguerite est un petit oiseau. Les feuilles la cachent, les feuilles la caressent. Elle voit tout. Sa maman s’approche de son arbre. Elle tient la main d’un monsieur. Petit Oiseau ne bouge pas, souffle coupé, tétanisé »0

« Cet homme-là est un ogre, se dit-elle. Sa main est immense. Et sa bouche qui n’a pas de début, ni de fin ».

« On ne doit pas rester dans une maison avec un ogre. Il vaut mieux s’enfuir dans la nuit noire, s’échapper quand il est encore temps ». Son équipement rassemblé dans son sac à dos, Marguerite sort de la maison et se réfugie dans son arbre. Elle espère retrouver son papa, elle espère qu’il reviendra et qu’il chassera l’Ogre installé chez eux. La nuit est profonde, le vent se lève et la pluie commence à tomber. Petit Oiseau finit par se laisser glisser du cerisier, la voilà « hérisson éclaboussé » puis petite luciole lorsque sa maman finit par la trouver. Dans la maison, l’homme est toujours là, sur sa bouche un « sourire immense qui n’a pas de début, ni de fin », et dans ses mains… un délicieux bol de chocolat chaud.

Le texte de Raphaële Frier déroule subtilement les étapes de cette histoire dont on ne sait pas quelle va être l’issue. Face à chaque situation, Marguerite se vit, réagit en petit animal, convoque un double auprès d’elle, gagnant par là ses capacités, ses forces. La voilà minuscule sur les branches de l’arbre, muette à table comme une carpe hors de l’eau. La tension demeure jusqu’à la chute mais elle reste acceptable, diffuse, on sent que cette enfant a bien des ressources. Les délicates et pourtant si puissantes illustrations de Solenn Larnicol en s’étendant sur les doubles pages rythment le récit et dégagent une impression particulière, comme si, quoi que vive Marguerite, elle aura la force de le traverser, d’avancer et de réussir. L’aquarelle s’adapte aussi bien aux détails précis qui peuplent chaque dessin, qu’aux décors frôlant le fantastique durant la tempête ou la sombre nuit notamment. L’illustratrice crée plusieurs visions de l’arbre protecteur qui se démultiplie dans toutes les images par le rappel d’un motif végétal ou la présence d’une autre plante.

Chaque enfant devrait retrouver dans son propre cheminement le souvenir plus ou moins proche d’un lieu de protection tel que le grand cerisier et retrouver dans la chaleur des bras d’un « grand » auprès de lui, les bienfaits de la présence de celui qui aurait pu être un ogre mais qui n’est qu’un homme plein d’amour, solidement ancré comme un arbre et auprès de qui, il va pouvoir se développer, en jeune pousse prometteuse.

Album à partir de 6 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Raphaële Frier, Solenn Larnicol

 

Raphaële Frier est auteure pour la jeunesse. Elle a publié des albums, des romans et un documentaire. Elle enseigne le français à des enfants allophones.

Solenn Larnicol est illustratrice pour la jeunesse. Elle s’est formée au lycée Corvisart à Paris. Ses images ont été sélectionnées à la Foire de Bologne en mars 2011.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Membre du comité de rédaction

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.