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L’Éveil stade 1, Jean-Baptiste de Panafieu

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 16.11.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Jeunesse, Roman, Gulf Stream Editeur

L’Éveil stade 1, septembre 2016, 268 pages, 16,50 €.

Ecrivain(s): Jean-Baptiste de Panafieu Edition: Gulf Stream Editeur

L’Éveil stade 1, Jean-Baptiste de Panafieu

Que se passera-t-il le jour où les animaux se mettront à parler et à penser avec une pleine conscience de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font ? Bonheur d’une communication toujours rêvée et partenariat accru, anarchie complète ou nouvelle domination dans un univers inversé, La Planète des animaux ?

C’est ce que nous propose de découvrir la trilogie L’Éveil, imaginée par un spécialiste du monde animal et auteur pour la jeunesse tout aussi réputé. Roman d’anticipation ? Voire dystopie ? Pas vraiment. L’Éveil se déroule à une époque qui peut être la nôtre et qui donne une féroce acuité aux débats qui animent nos sociétés quant au statut des êtres que nous nommons animaux.

Laura travaille sur la maladie d’Alzheimer dans un laboratoire de recherche et cherche à en endiguer les progrès. Les manipulations génétiques sont testées sur des souris. L’une d’elles réussit un jour à échapper à l’attention des chercheurs et s’enfuit. Traquée par un chat, elle finit en différents morceaux consommés par le félin, mais aussi du fait des interactions propres à la nature et aux comportements de chaque espèce, par un perroquet, une chienne, une corneille et un rat. Le festin provoque au bout de trois jours une curieuse réaction, l’éveil. Voici celui du chat, Chou-K, qui vit auprès de Laura et de son frère :

« Ils ont dit miroir. Je vois un autre, mais il n’est pas complètement Autre. J’ai l’impression que c’est Moi que je vois. C’est étrange, je suis ici et lui est là. Si je bouge la patte, lui aussi, au même moment.

Pas lui : Moi ! Lui, c’est Moi. Je Me vois, Je Me regarde, Je M’examine, Je suis Moi.

Je suis sale. Je dois Me nettoyer.

Ce qui M’intrigue, c’est qu’hier il n’était pas Moi du tout. Je ne le voyais même pas, alors qu’aujourd’hui je Le vois. Il est Moi, Je suis Moi.

Avant, Je ne voyais rien. Je ne savais pas que j’étais Moi. Aujourd’hui, Je sais ».

Cette transformation, ce virus, se propage à toute vitesse aux colonies de rats, de corneilles, aux autres oiseaux, aux chiens et aux chats de tout le quartier… Bientôt le virus passe les frontières et c’est l’Europe toute entière qui se trouve confrontée à des animaux qui comprennent les humains, dialoguent avec eux ou entre eux, se réunissent, décident de leur devenir. On peut communiquer avec son animal de compagnie via un boîtier de traduction.

« Depuis quelque temps, le trio de lycéens s’était spontanément élargi à Laura et aux trois animaux, Montaigne, Chou-K et Cabosse. La situation était tellement étrange qu’ils avaient constitué sans même s’en rendre compte une sorte de groupe mixte, humain et animal. Ils n’en avaient parlé à personne au-dehors, un peu inquiets des réactions qu’ils s’attendaient à provoquer. Ils savaient que d’autres allaient rapidement découvrir l’éveil de leurs animaux de compagnie ».

Et en effet, l’éveil n’apporte pas que de l’émerveillement : la WOFF, une compagnie produisant des aliments industriels pour animaux, n’entend pas se faire dicter par ces sales bêtes ce qu’elle doit faire. Ses concurrents ne tardent pas l’imiter. Jervson, pdg de la WOFF, tente alors par tous les moyens de retrouver l’origine du problème, c’est-à-dire Laura, la seule personne capable de fournir un contre virus. Une palpitante course-poursuite commence entre les hommes du lobby et Laura et ses amis, dont l’un des épisodes les plus réussis est la capture de notre « groupe mixte » par différents animaux dans la forêt… Le premier tome s’achève sur un suspense inquiétant et excitant à la fois, sur le devenir des personnages, mais aussi sur l’évolution de l’éveil.

D’une plume alerte et claire, Jean-Baptiste de Panafieu emmène son lecteur dans un ouvrage à plusieurs dimensions : celle de l’intrigue, solide et bien menée ; celle de l’éveil de chaque animal ou communauté, obtenant une sorte de maillage où tout est intimement relié. On découvre ainsi tous les paradoxes qui constituent notre rapport d’êtres humains avec les animaux qui vivent à nos côtés, notre position quant aux droits des animaux éveillés ou non. Mais aussi les particularités de ceux que nous côtoyons sans nous en rendre compte, rongeurs, bestioles en tous genres ; comme celles des animaux d’élevage ou vivant dans les zoos, et qui subissent nos excès et nos impératifs. Au-delà de l’aspect documentaire, les passages concernant l’éveil des différents animaux sont tout simplement sublimes, amenant de vives réactions et émotions par leur profondeur et leur poésie.

L’Éveil est un roman passionnant qui questionne et qui propose différents éléments de compréhension, sans pour autant trancher à la place du lecteur. Ce dernier est en quelque sorte celui qui est amené à s’éveiller par la contamination de cette lecture. La suite annoncée pour janvier 2017 est attendue avec impatience. En attendant, poursuivons notre éveil, car comme le constate une sage matriarche éléphant, nous ne le sommes peut-être pas autant que nous le pensons.

« Il est temps que nous donnions notre avis sur la façon dont vous avez transformé le monde. Si j’ai bien compris, vous en êtes arrivés à modifier le climat. Vous avez exploité la nature comme si vous aviez le droit de la détruire. Le droit ou peut-être l’envie, je ne sais pas. Toutes vos richesses proviennent de cette exploitation, mais la nature n’est pas illimitée. Vous l’avez tellement appauvrie qu’elle dépérit un peu partout. Vous êtes toujours plus nombreux et toujours plus avides. En fait, vous agissez comme si vous n’étiez pas éveillés ».

Roman à partir de 12 ans

 

Myriam Bendhif-Syllas

 


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A propos de l'écrivain

Jean-Baptiste de Panafieu

 

Jean-Baptiste de Panafieu, agrégé de sciences naturelles et docteur en océanologie biologique, a publié de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique. Il est également réalisateur et scénariste de films documentaires, et auteur de nombreux ouvrages pour la jeunesse.

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.