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Jours tranquilles, brèves rencontres, Eve Babitz

Ecrit par Jeanne de Bascher 18.08.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Gallmeister

Jours tranquilles, brèves rencontres, traduit de l'américain par Gwilym Tonnerre mai 2015, 224 p. 11,00 €

Ecrivain(s): Eve Babitz Edition: Gallmeister

Jours tranquilles, brèves rencontres, Eve Babitz

 

Eve Babitz, figure mythique des années 70, revient sur scène avec Jours tranquilles, brèves rencontres. 40 ans après sa sortie aux US, le livre est enfin traduit en France. La presse raffole du guide ultime de la californienne chic. Retour sur un succès littéraire annoncé.

 

Who’s that girl ?

Egérie des années 60-70, Eve Babitz est la fille que tout le monde rêve d’être. Muse et artiste, elle fréquente la scène bohème de Los Angeles, avant que celle-ci ne devienne "de la mode artistique " (Warhol). Journaliste, écrivain, party-girl, elle crée des pochettes d’album et sort avec Jim Morrison et Ed Ruscha. Eve Babitz est la belle érudite qui enchaîne les Bloody Mary. Une Edie Sedwick de la côté Ouest. Vous pensiez faire le buzz sur Instagram avec votre chat ? Eve bat tous les records : à vingt ans, elle pose nue en jouant aux échecs avec Marcel Duchamp. La photo de 1963 est mythique. Une icône est née.

Enlivrez-vous !

Jours tranquilles, brèves rencontres est un recueil de nouvelles autobiographiques. Il se déguste comme une coupe de champagne. Avec une nonchalance et une apparente simplicité, l’auteure réussit à séduire quiconque se laisse prendre au jeu. Entre humour et désinvolture, elle relate ses épisodes fantasques à Hollywood. Elle traîne ses histoires avec élégance et décontraction. En somme, elle érige le cool en art de vivre. Welcome to my world ! semble-t-elle clamer. Ses réflexions mordantes sur son époque et son milieu témoignent d’une vraie force de caractère. Un pedigree. Les dialogues et descriptions, géniaux, pratiquent l’art de la punchline en toute circonstance.

 

L’effet trouvaille

Comment expliquer le succès du livre ? La presse adore déterrer des "chefs d’œuvres oubliés". Jours tranquilles, brèves rencontres est donc une aubaine pour des journalistes qui frisent l’overdose de nouveautés. C’est aussi une formidable occasion de s’offusquer : mais pourquoi avoir attendu 40 ans avant de traduire ce livre ? C’est un scandale ! Faites quelque chose, publiez vite ses autres récits ! Belle pioche pour Gallmeister, donc, d’ordinaire spécialisé dans le nature writing (littérature américaine des grands espaces). Ici, on est plus près de la piscine chauffée que du Grand Canyon.

Au diable les auteurs tourmentés, Eve Babitz, c’est bon pour le moral ! C’est bon bon ! A l’inverse de F. S. Fitzgerald ou de Bret Easton Ellis, elle ne cherche pas la mélancolie de la fête ni de la ville. Elle préfère l’ironie au cynisme. Un parti-pris qu’on peut juger superficiel mais qui n’enlève rien à son charme.

 

L’effet concept

C’est un concept à lui tout seul : le It book est né. L’objet branché commenté cette saison. L’essayer c’est l’adopter. Vite, il me faut mon Eve Babitz ! Derrière cet engouement se cache une image tout à fait nouvelle : la It girl intelligente. Eve est en effet la seule party girl de l’histoire avec un réel talent. C’est une alternative aux mannequins/djettes/bloggeuses actuelles. L’occasion de rappeler qu’une fille intéressante se distingue avant tout par sa culture et sa profondeur d’esprit. Certains passent et d’autres restent. Eve Babitz réussit là où les autres échouent. Voilà donc un livre idéal et une auteure couronnée de succès.

 

La dure réalité

Seul bémol à l’histoire : Eve Babitz n’a plus rien à voir avec le personnage de ses récits. Depuis son accident de voiture en 1997, elle vit recluse chez elle. En revenant d’une soirée, les cendres de son cigare ont brûlé la moitié de son corps pendant qu’elle conduisait. La sentence fut fatale. No more fun. Désormais, elle adopte le style Salinger : elle ne sort pas, ne communique pas et se tient scrupuleusement à l’écart de tout événement médiatique. La belle blonde californienne s’est transformée en femme âgée avec un peu d’embonpoint et sans le moindre style. Elle est méconnaissable.

Ce détail, délibérément occulté par la presse, en dit long sur sa capacité à s’emballer pour un concept ou un souvenir. Car derrière ce livre se cache un auteur bien vivant dont plus personne n’ose parler. Eve Babitz vit désormais seule à Hollywood. Elle passe des jours tranquilles, en effet. Encensé et glorifié, son passé assure une belle promotion alors que son présent n’a plus rien d’iconique. Tout ceci donne à ses chroniques frivoles un charme légendaire. Vous reprendrez bien un peu de champagne ?

 

Jeanne de Bascher

 


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A propos de l'écrivain

Eve Babitz

 

Eve Babitz est une auteure et journaliste américaine. Née à Hollywood en 1943, elle fréquente la scène artistique californienne et devient son égérie dans les années 60-70. Elle a écrit pour Vogue, Esquire et Rolling Stone et a également réalisé des pochettes d’album. Ses sept romans dépeignent avec humour et mordant la vie à Los Angeles et le milieu bohème dans lequel elle évolue.

 

A propos du rédacteur

Jeanne de Bascher

 

L’ancienne consultante en finance d’entreprise souhaite désormais devenir critique littéraire. Tout juste créé, le site Des mots critiques vous conseille des lectures audacieuses. Humour et légèreté. Et tout le reste n’est que Littérature.

 

http://desmotscritiques.tumblr.com/