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Journal de la haine et autres douleurs, Frédéric Vallotton

Ecrit par Valérie Debieux 28.11.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Olivier Morattel éditeur

Journal de la haine et autres douleurs, suivi de Musique dans la Karl Johan Strasse, mai 2015, 144 pages, 24 €

Ecrivain(s): Frédéric Vallotton Edition: Olivier Morattel éditeur

Journal de la haine et autres douleurs, Frédéric Vallotton

En ce récit empreint de haine et de douleur, Frédéric Vallotton entraîne le lecteur à travers Berlin, Vienne, Morges, Orbe, Lausanne, Zurich et Bordeaux, dans un diptyque socio-politico-historico-culturel. Celui-ci se lit comme « un conte de fée », une balade musicale, tournée en eau de boudin avec pour refrain : « Mais j’ai laissé quelque chose à Vienne, quelque chose de précieux qui m’avait été offert à Berlin ».

Frédéric Vallotton, écrivain de la décadence humaine, écrit dans une élégance désespérée, et témoigne du monde qui l’entoure avec tout ce que la planète offre de plus beau et de plus laid. L’auteur est piquant, ironique, sarcastique, mais au milieu de ce chaos humain et de cette profonde désespérance, il est toujours en quête de beauté.

Le lecteur comprend rapidement que sa vie aurait pris une autre allure s’il avait pu concrétiser sa rencontre avec l’âme sœur : « J’ai tout perdu à Vienne. J’ai perdu l’espoir d’une meilleure vie, j’ai perdu le calme soleil de la MittelEuropa, la confiance et la joie simple à vivre une vie commune. J’ai perdu mon “conte de fée” à Vienne. […] Je suis coincé entre la haine et le regret, c’est aussi fatal que d’être pris d’un infarctus et d’une rupture d’anévrisme en même temps. Toutefois, il est permis d’abandonner la haine et les regrets, pas un diagnostic fatal ».

Le narrateur s’en prend à tout le monde tant il déteste, au plus profond de son être, les germes de ses propres défauts et cette société qui le creuse et le ronge : « Je n’abdiquerai pas de moi-même et je ne suis pas la chaussette ou le slibard merdeux du corps social. Il n’a qu’à se promener cul nu le corps social, il n’en est pas à ça près de scandaleux. Il peut crever, le corps social, de froid et la gueule ouverte. Je veux bien être sa cravate du dimanche, une pochette de soie ou son silice, à choix, mais pas la machine à laver. Evidemment, le corps social, s’il a aussi peu d’éducation que la majorité des individus qui le composent, il doit s’asseoir par terre, parmi la pisse de chien et les glémeux de toxos, il doit se recrépir le plastron à chaque repas, laisser la trace de ses mains sales un peu partout ». Sa réflexion le pousse même à dire : « Si je ne retrouve pas ce que j’ai perdu à Vienne, quelque chose de précieux qui m’avait été offert à Berlin, cela se terminera par un suicide à Zurich. […] Je crois que, à Zurich, il n’est pas besoin de doubler son talent d’une haine opaque car on y respecte les hommes de lettres et leur fragile transparence. Lorsqu’un homme de lettres se voit broyé par la vie, ce n’est pas directement par Zurich mais par son cynisme. […] Robert Walser fut, en son temps, broyé par le cynisme de Zurich. Personne ne le releva, nous étions dans les années trente et Walser n’était pas zurichois, il ne pouvait prétendre à cette discrète sollicitude de la grande capitale de la finance, sollicitude uniquement réservée à ses concitoyens ».

Heureusement, l’Art sauve le narrateur : « […] il reste la peinture, la musique et la littérature afin de donner un peu d’allure à toute cette bouillasse existentielle, cette faillite inéluctable à laquelle croient échapper les très jeunes gens, surtout les gays ».

Avec Journal de la haine et autres douleurs, suivi de Musique dans la Karl Johan Strasse, Frédéric Vallotton livre ici un diptyque allègrement mené, aussi savamment orchestré qu’une symphonie viennoise, où se mêlent deux époques distinctes, empreintes de la même haine mais sans vulgarité. Une belle découverte.

 

Valérie Debieux

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A propos de l'écrivain

Frédéric Vallotton

 

Frédéric Vallotton est né le 20 juillet 1970. Il a obtenu un master of arts à L’Université de Lausanne et a suivi une formation professionnelle d’enseignant, métier qu’il exerce aujourd’hui en sus de son travail d’écrivain et de journaliste indépendant. Il se définit comme un auteur germanique de langue française. Il est l’auteur notamment de La Dignité ; Mémoires d’un révolutionnaire ; Canicule parano. Journal de la haine et autres douleurs est son huitième ouvrage.

 

A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com