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JFK Une histoire sexuelle, Georges Ayache

Ecrit par Martine L. Petauton 06.06.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Biographie, Les éditions du Rocher

JFK Une histoire sexuelle, mai 2017, 212 pages, 18,90 €

Ecrivain(s): Georges Ayache Edition: Les éditions du Rocher

JFK Une histoire sexuelle, Georges Ayache

 

Mais qu’aurait-il fallu pour que ce livre soit réussi ? Pour qu’il soit utile et pourquoi pas, passionnant ? Beaucoup de choses, plus généralement d’axes, et des routes dessinées autrement, et pratiquées de manière approfondie et méthodique.

Le contexte historico-éditorial était pourtant particulièrement favorable : on célèbre cette année le centenaire de la naissance de JFK. Des publications sur cette période de l’histoire américaine ne peuvent qu’être bienvenues ; l’Histoire, du coup, est attendue, à présent que le temps a fait son œuvre, et a laissé reposer les tempêtes des évènements. On sait certes plein de choses sur JFK et sa destinée – ne dit-on pas que c’est un des sujets sur lesquels on aurait le plus écrit depuis Dallas. Mais, justement, dans toutes ces sources de qualité diverses, dans ce qui a bâti deux légendes, la rose et la noire, le lecteur est friand d’en – non pas seulement savoir – mais connaître davantage, pour peu que ce soit fiable, novateur, et pour tout dire, sérieux. Dans les montagnes d’écritures – mais aussi de bobines – sur JFK, nous sommes – nous demeurons – les uns et les autres en attente d’une face non explorée ou mal, pour – enfin – arriver en haut, là où la réflexion peut trouver son utile place, pour les lendemains du monde dans lequel nous vivons, Amérique Trumpiste, comprise.

Alors, JFK, une histoire sexuelle, n’aurait-il pas pu être une pièce intéressante sur l’échiquier de ce début des années Soixante ; tournant dangereux de la Guerre Froide, s’il en fût…

Difficile, pourtant, de trouver quelque chose à sauver sous ce prisme : de ci, de là, deux ou trois croisements avec la grande histoire, à peine éclairés, souvent allusifs, et en aucun cas de nature à rajouter des pièces au dossier – sauf peut-être deux maîtresses-espionnes, supposées téléguidées par Moscou. Cet aspect – le danger des influences possibles, les fuites probables, les interférences entre domaines publics et privés qui devraient rester étanches… voilà des pages à écrire et des recherches à construire.

Le volet relations/immersion entre Kennedy, la famille et notamment son père, drôle de type à tous égards, et la (les) Mafia est sans doute un pivot central de la légende noire, devenu, au fur et à mesure des recherches historiques, un élément noir de la véritable Histoire. C’est sans conteste le contenu du livre de Georges Ayache qui mérite d’être lu attentivement, non qu’il porte des nouveautés ou révélations mais il peut servir de synthèse, de rappels précis et riches en détails, vraiment utiles. Femmes et mafieux, chantants ou non, autour de Sinatra, animent de façon vénéneuse la vie politique, élections comprises, dont au premier chef, celle de JFK.

La personnalité de JFK – autrement dit, comment est la main de celui qui agit dans l’Histoire – était une autre forte piste, bien faiblement suivie – du moins, au regard de qui est déjà connu. Un machiste épais, un homme de ces années-là, davantage rattaché aux temps de la guerre – un soldat, n’oublions pas – qu’à des mentalités largement postérieures. Toutefois – reconnaissons-le – le portrait d’un homme brutal, peu raffiné étant un euphémisme, lourdement hédoniste – disons plutôt bassement consommateur – au jour le jour, est intéressant car ce n’est pas la légende rose du jeune premier Hollywoodien, en sourires et en niaque ; le chanceux, l’Amérique qui gagne, la projection idéalisée de tout un peuple. C’est d’un prédateur dont on nous parle ici, accompagné de sa meute, Peter Lawford en tête et Bobby, plus souvent qu’à son tour, et cela continue de faire froid dans le dos, ouvrant dans le même élan des doutes : ne tombe-t-on pas un peu trop dans la légende noire ? « Lettre de JFK à son ami Lem Billings, pendant ses études – Pas encore habitué aux étudiantes mais je les prends comme elles viennent. Espère bientôt en isoler une du troupeau et la marquer. Progresse avec précaution pour ne pas être connu comme la Bête de l’Est ».

On sait – on a toujours su, et ce, parallèlement à son itinéraire, à sa vie, à sa courte présidence – que JFK était, comme on dit pudiquement, « porté sur le sexe », et les images lors de son anniversaire, de Maryline, chantant son Happy birthday, mister president dans sa robe à paillettes cousue sur elle, sont partout, y compris ou pas loin, dans un manuel d’histoire de 3ème ! On sait, presque à la même hauteur, que l’homme était un très grand malade, un infirme perclus de douleurs pour tout dire, dont la volonté, la force remarquables l’ont quand même hissé au plus haut. Ce qu’on apprend toutefois dans le livre de Georges Ayache, ce sont les traitements de cheval, les dosages, leur mélange et posologie qui feraient hurler de nos jours le premier pharmacien venu, les tâtonnements border-ligne, et – bravo le malade artiste – la capacité à avancer. C’est d’un quasi drogué dont on nous parle ici, pour qui, de plus, les drogues même dures circulant à son époque n’étaient pas inconnues. On en vient à s’interroger : s’il n’y avait pas eu Dallas, aurait-il eu une longue route ? Il y a de la chandelle brûlée par les deux bouts dans cet itinéraire.

On connaît – évidemment, plus près de nous – par les recherches en psychiatrie et en addictologie, ce qu’est l’addiction sexuelle, type DSK, qui n’a que de très lointaines parentés avec « le chaud lapin » cher à toutes les littératures. Que JFK en relève, c’est un diagnostic incontournable ; que cela ait été repéré et soigné à son époque, non. Les liens, notamment avec les médicaments et les effets secondaires engagés, voilà une piste à peine ébauchée. C’est pour autant un mérite de ce livre, que de souligner cette pathologie addictive sans – encore en ce domaine – s’approprier l’analyse, que pouvait annoncer son titre. Éclairer JFK et son cursus, son mandat par cette face, aurait pu être un apport à l’Histoire ; le travail reste à faire. En lieu et place, on nous propose – avec force photos du cheptel – une liste qui n’en finit pas des conquêtes du séducteur, détails à l’appui de leurs charmes, de la durée de la – souvent – très courte liaison, du « genre » quasi répertoire animalier de la personne – starlette, star, prostituée… etc. On aura compris combien est fastidieux, parfaitement inutile, ce catalogue à la façon du « Mill e tre » du Don Juan de Mozart, et – malheureusement – dans la ligne des Gala-Voici de toutes les époques…

On peut donc gagner du temps – historiquement, d’abord – en allant ailleurs que dans cet opus, pour saluer le centenaire de JFK, d’autant que nous nous demandons d’un bout à l’autre où sont les sources, et que la collection de tout un peu qui ferme le livre au titre de bibliographie ne fait qu’aligner – comme le catalogue des prises de guerre de Kennedy – sans démarche structurale, tout ce qui a été déjà écrit sur cette « question » et plus largement sur le mandat et la personne de JFK. Ouvrages en langue anglaise, certes, ce qui à l’évidence ne saurait suffire à ranger ce bien petit livre dans les rayons de nos bibliothèques, partie Histoire.

 

Martine L Petauton

 


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A propos de l'écrivain

Georges Ayache

 

Georges Ayache, né le 20 février 1950, est un écrivain français, politologue et avocat. Historien de formation et ancien diplomate, il a publié plusieurs ouvrages sur les relations internationales et stratégiques (source Wikipedia).

 

A propos du rédacteur

Martine L. Petauton

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Rédactrice

Responsable du comité de rédaction

 

Chargée des relations avec les maisons d'édition

Présidente de l'association "Les amis de la Cause Littéraire"

Martinelpetauton@lacauselitteraire.fr

 

Professeure d'histoire-géographie

Rédactrice en chef du Webmag "Reflets du Temps"

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)