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Je suis ... Léon Blum, Didier Bazy

Ecrit par Léon-Marc Levy 30.04.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie

Je suis ... Léon Blum, Jacques André Editeur 3 mai 2013, 90 p. 10 €

Ecrivain(s): Didier Bazy

Je suis ... Léon Blum, Didier Bazy

Il avait tout pour susciter la haine dans une France rongée par ses démons : Juif, socialiste, pacifiste, intellectuel. Pas seulement la haine de ses ennemis – la droite nationale et antisémite – mais plus encore celle de ses « amis », politiques en tout cas. Et le comble est que cet homme ait brillé de mille feux dans son engagement au service de la France. Il fut d’autant plus objet de haine qu’il devint un grand responsable politique et un grand penseur de la gauche.

 

« j'aurai acquis devant les outrages et les calomnies, une impassibilité professionnelle analogue au sang-froid d'un couvreur sur un toit. »

 

Antoine Malamoud nous le dit dès la préface : Léon Blum ne supportait pas la médiocrité, à commencer par la sienne propre bien sûr. Amour de la vérité, courage, intégrité, vertus cardinales de l’homme politique quand il n’a d’autre dessein que le bien public, le bien commun. Leçon de Blum dont les échos sonnent fort à nos oreilles en ces temps d’ambitions personnelles et étriquées.

« Chacun doit son plein travail à l'oeuvre commune ; »

 

Didier Bazy nous emmène doucement dans son « je ». Car l’originalité de l’excellente collection de biographies des éditions Jacques André est de placer le sujet de la biographie en position de narrateur. C’est Léon Blum qui parle.

D’emblée, il nous fait toucher à la qualité essentielle de l’homme, la capacité à douter, à se mettre en cause avec humilité :

« Je me demande parfois si j’étais fait pour devenir un homme politique…

Peut-être eussè-je mieux fait d’écrire. »

Avec Blum, c’est une part essentielle du XXème siècle que l’on traverse. Avec les vertus de l’homme, ce sont les vertus du siècle que l’on croise. Avec la détestation dont il est l’objet, ce sont les affects mortifères du siècle que l’on rencontre. Avec sa complexité, ses contradictions, c’est la complexité de ces décennies que l’on retrouve.

Intellectuel pourtant, Blum ne l’était pas vraiment. Comment pourrait-on penser qu’il le fût, lui l’homme d’écriture, fervent de Stendhal qui choisit néanmoins d’être un homme politique. Et pas n’importe lequel, celui qui laissera, en matière d’action réformatrice, la plus profonde empreinte de l’histoire républicaine ! Didier Bazy nous le rappelle, égrenant la liste impressionnante des réformes menées par Blum :

« Chef du gouvernement, je m’exprime ainsi le 6 juin 1936 à l’Assemblée Nationale :

Ces projets de loi concernent :

- L'amnistie,

- La semaine de quarante heures,

- Les contrats collectifs,

- Les congés payés,

- Un plan de grands travaux (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche), c'est-à-dire d'outillage

économique, d'équipement sanitaire, scientifique, sportif et touristique (Très bien ! très bien !),

- La nationalisation de la fabrication des armes de guerre (Vifs applaudissements à l'extrême gauche, à gauche et sur plusieurs bancs au centre),

- L'office du blé qui servira d'exemple pour la revalorisation des autres denrées agricoles, comme le vin, la viande et le lait (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs),

- La prolongation de la scolarité (Très bien ! très bien !),

- Une réforme du statut de la Banque de France

(Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche), garantissant dans sa gestion la prépondérance des intérêts nationaux,

- Une première révision des décrets-lois en faveur des catégories les plus sévèrement atteintes des agents des services publics et des services concédés, ainsi que des anciens combattants. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)(…) »

 

Et pourtant ce fut un intellectuel étincelant !

 

Juif ? Blum ne l’est pas tant que ça. Pétri d’idéal républicain et laïc, il ne peut l’être vraiment – si tant est que le Juif  appartient de fait à une religion. Néanmoins il est Juif et il l’assume pleinement face à la meute et plus tard face au déferlement de l’horreur nazie et pétainiste.

 

« L'ennemi dit public est le juif. Et je suis juif. Enfin, il y a toujours quelqu'un pour vous le rappeler. Ainsi Maurras, toujours dans l'action Française, écrit-il clairement :

« C'est en tant que juif qu'il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum. » Ainsi Gaxotte dans Candide : « Blum incarne tout ce qui nous révulse le sang et nous donne la chair de poule. Il est le mal, il est la mort. »

 

Socialiste ? Evidemment. Et pourtant … Tout son parcours d’homme d’état fait de lui un grand français et si peu un homme de parti. Tout l’éloigne des discussions de couloir, des arrangements, des compromis et, sous Vichy, bien sûr, de toutes les compromissions dont pourtant bien des hommes de gauche se feront les tristes acteurs. Nous ne citerons personne.

 

La lecture de ce livre nous conduit à la certitude que Blum fut plus qu’un homme politique, plus qu’un destin individuel si brillant fût-il. Il est comme une métaphore d’un siècle où ombres et lumières s’affrontèrent en un combat douteux et douloureux et où, au milieu des ténèbres triomphantes, il sut toujours se tenir du côté lumineux.

Ce petit livre aussi est lumineux, et il vient à point nommé pour rappeler, en une période de cynisme assumé de toute part, les vertus fondatrices d’un véritable homme public, éperdument engagé dans la recherche permanente de l’intérêt commun.

A lire d’urgence !

 

Leon-Marc Levy

 

le site de Jacques André éditeur


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A propos de l'écrivain

Didier Bazy

 

Co-fondateur de La Soeur de l’Ange (Ed. Hermann)

Directeur-adjoint &  co-fondateur de  lacauselitteraire.fr

Editeur du 1er texte de HD Thoreau en Français

– Préfacier chez Pocket (Molière, Corneille)

– Deleuze et de Cuse (Collectif) Aux sources de la pensée de Deleuze. Vrin, 2005) dir : Stéfan Leclercq

– Après nous vivez (G S Editions, 2007)

– Brûle-gueule (Ed Atlantique, 2010) préface de Michel Host

– Thoreau, Ecrits de jeunesse (bilingue. Ed de Londres, 2012) préface de Michel Granger

L’ami de Magellan (Belin Jeunesse, 2013) sélectionné 2014 prix roman historique jeunesse

– Cendres    (Publie.net, 2015)

– Traitements de textes ( Ed. de Londres 2015 )
– Explorateurs, qui êtes vous ? (Ed. Bulles de savon 2016)

Sélection 2018 prix Michel Tournier Jeunesse

– Savants, qui êtes-vous ? ( Ed. Bulles de savon, diff-distr Flammarion )2017

à paraître 2018

– Péguy internel


A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil