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Hommage à Baudelaire XIII.10 - Edgar et Charles (10 et FIN), par Alain Cuzon

Ecrit par Alain Cuzon 26.06.17 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

Hommage à Baudelaire XIII.10 - Edgar et Charles (10 et FIN), par Alain Cuzon

 

L’hôtel rouge

Deux jours plus tard, Edgar a décidé de mettre son plan à exécution, il demande à Andy de le déposer au port, et se dirige vers l’hôtel qu’il baptise « l’hôtel rouge », non seulement pour les fleurs qui le décorent, mais surtout pour le sang qui y coule virtuellement. Aucune preuve de tout cela bien sûr, juste des suspicions.

Il a réintégré la chambre n°29, et attend patiemment les évènements qui pourraient susciter son intérêt. Après une nuit et une journée plutôt calmes, voire sans grand intérêt, quelqu’un frappe à sa porte, cela l’intrigue car a priori personne ne connaît sa présence ici. Il finit par ouvrir la porte devant l’insistance du visiteur, et surprise, il s’agit de la visiteuse dont il attendait justement la venue. La femme en rouge se tient là, devant lui, avec une élégance comparable à celle de Joséphine, elle le dévisage à travers sa voilette, franchit le pas de porte et laisse tomber son manteau au sol dévoilant son anatomie d’une rare beauté. Elle engage le dialogue avec son futur amant en camouflant sa voix à travers un mouchoir de soie :

– Vous m’attendiez n’est-ce pas ?

– Vous êtes celle que l’on surnomme la « dame rouge », ou Lola Montès la criminelle aux ordres du plus offrant ?

– Bravo Edgar, vous comprenez vite, mais qui vous a donné mon nom ? Votre ami Charles ?

– Non, il ne vous connaissait pas le pauvre, vous l’avez assassiné pour rien, je tiens ce nom de votre cible, Joséphine de Beauharnais, que vous poursuivez depuis l’Europe, n’est-ce pas ?

– Encore bravo, Monsieur l’écrivain, effectivement, Charles ne savait rien, il n’avait rien à avouer quand son assassin l’a plongé dans l’eau de la baie après qu’il ait découvert son visage. J’en suis profondément désolée, il n’était pas dangereux lui.

– Vous pensez donc que je le suis ?

– Cela dépend de vous, dites-moi où se trouve Joséphine et cet entretien se transformera pour vous en partie de plaisirs dont vous ignorez l’existence !

Pris au piège, Edgar recule jusqu’à la fenêtre, il observe la main droite de la femme sur la dague accrochée à sa cuisse, et n’arrive pas à quitter des yeux ce corps de rêve comme s’il en connaissait les moindres recoins ! C’est alors que la dame rouge se colle contre lui, la dague contre son cou, lui intimant l’ordre d’un aveu rapide sur le lieu où se trouve Joséphine.

– Laissez-moi ouvrir la fenêtre et je vous montre où elle est actuellement !

– Allez-y Edgar, c’est votre dernière carte à jouer.

– Regardez, là au sud, ce navire toutes voiles aux vents, c’est là qu’elle se trouve, et vous n’êtes pas près de la retrouver !

– Ah la garce ! Elle ne perd rien pour attendre !

La dame rouge se penche légèrement pour constater qu’effectivement le navire anglais a quitté son mouillage, et que son plan dûment préparé et mis au point tombe à l’eau. Entre temps, Edgar a attrapé la main tenant la dague et la retourne contre la femme avec force, bloquant son autre main avec sa main gauche. La femme se retrouve dans une fâcheuse posture, improvisée par Edgar qui la maintient penchée en arrière sur la fenêtre, pour l’immobiliser. C’est alors que la voilette et le chapeau s’échappent en tombant dans l’eau si proche, et que le visage de la dame rouge apparaît. La chevelure rousse et le visage de Lola Montès sont ceux de Katarina Kreber, dont il avait précédemment reconnu le petit tatouage de rose rouge sur la cuisse gauche, à la naissance de l’aine. Edgar sent la résistance de la femme et sait désormais que sa vie ne tient plus qu’à un fil, face à cette espionne aux talents multiples, dont celui particulier de vous envoyer à trépas. D’un coup de reins, Katarina projette violemment Edgar dans la pièce avec ses pieds, et tombe, volontairement ou pas, dans les eaux glacées de la baie de Chesapeake.

Le corps de Katarina, ou Lola, disparaît dans la baie de Chesapeake, tandis qu’Edgar reste muet devant cette découverte. Il quitte l’hôtel plein d’angoisses et de questions, sous le regard de la tenancière qui l’observe d’un sourire complice. Lui, l’expert en affaires criminelles, se sent orphelin d’un drame dont il a été l’improbable acteur. Une pensée pour son ami Charles envahit son esprit, pendant son retour sur l’îlet Jefferson.

 

FIN


Alain Cuzon

 

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