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Hommage à Baudelaire III - Automne

07.02.17 dans La Une CED, Ecriture

Hommage à Baudelaire III - Automne

 

Je relisais Baudelaire depuis des années...

Puis, par une fin d’après-midi d’automne, place des Abbesses alors qu’assis sur un banc, rêvassant avec un exemplaire des fleurs du mal sur les genoux, ouvert à la page du poème Chant d’automne, c’est là, lors tiédie au soleil de cette fin d’Octobre, qu’issue des hauteurs, une feuille de platane après un long plané oscillant est venue délicatement se poser sur cet automnal feuillet.

Un brun linceul, funeste présage ou absolution et va en paix ? Quoi qu’il en soit, j’ai prestement refermé en claquant ce recueil mélancolico-floral avec la feuille de platane en guise désormais de marque-page et léger, armé d’un sourire, me suis élancé à la rencontre du monde avec, me sembla-t-il l’aval et la bénédiction du ténébreux poète et j’ai illico cessé toute lecture baudelairienne, jusqu’à bien des années plus tard, où mu par je ne sais quelle pulsion, j’ai glissé une musique sous tous les textes du « Vin » et interprété ces chansons co-signées avec bonheur, ces poèmes nourris d’éthyliques mots sonnants portés par l’humour et la sensibilité de leur auteur.

Christophe Guibbert

 

Chant d’automne, Charles Baudelaire

Partie I



Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; 
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ! 
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres 
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? - C'était hier l'été ; voici l'automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ

 

[...]

 

Les Fleurs du Mal. (Spleen et Idéal)

 


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