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Eureka Street, Robert McLiam Wilson

Ecrit par Alexandre Muller 16.11.11 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Classiques, Iles britanniques, Roman, 10/18

Eureka Street (1999), 545 p., 8,60 €

Ecrivain(s): Robert McLiam Wilson Edition: 10/18

Eureka Street, Robert McLiam Wilson


Entre les immeubles de briques tagués de sigles politiques*, se profilent les collines cinglant la ville. Belfast, Irlande du Nord. Les « Troubles » clouent toujours l’actualité de pointes meurtrières tirées par les luttes intestines opposant unionistes et républicains. Ici ou là, les bombes explosent. Les informations se font les échos de ce quotidien de violences que les habitants tentent d’occulter pour vivre le leur. Ici ou là, McLiam Wilson projette les mots comme les lambeaux de chaires et de tripes dans une explosion.

Au cœur de cette guerre fratricide, rendue avec réalisme et dégoût, une bande de potes écume les bars en matant les filles. Intérêt porté particulièrement sur Chuckie et Jack dont les aventures, tour à tour, orientent le récit.

Jack (catholique, doué pour la bagarre, apolitique) encaisse, comme autant d’uppercuts, déconvenue amoureuse sur déconvenue. Peu doué dans le jeu de la séduction, il zone à la recherche de l’âme sœur dans les rues de Belfast (inondées de trublions ivres, vidées par la peur ou agitées d’émeutes). Dans son rôle de narrateur, Jack offre les paragraphes les plus poétiques de ce roman. Soulignons poétique.

En quête de l’Idée, Chuckie le protestant, zone lui aussi. Avec ses trois livres et presque soixante pence en poche, Chuckie abrite pourtant un esprit d’initiative. Le tout jeune trentenaire ne cherche pas du boulot, ce qu’il veut : être son propre patron, se lancer dans les affaires. Une arnaque géniale, un bagou d’enfer et notre anti-héros se voit propulsé vers son destin, par de-là les ambitions familiales. Ce qu’il faut retenir de Chuckie, c’est qu’il ne maîtrise rien de rien et agit sous le coup de ses émotions qui le mènent soit vers le rocambolesque soit vers l’amour.

Autour de ce duo, satellise une tripotée de personnages, Roche jeune gavroche, Aoirghe la fanatique, (etc.) qui construisent Eureka Street en une ribambelle d’histoires anecdotiques. Eureka Street est à la fois tragique et drolatique. Qu’aucun s’étonne de vous voir exploser de rire seul avec votre livre, cela pourrait très bien arriver.

Eureka Street est un hymne à l’amour contre les politiques dogmatiques et assassines. Eureka Street est contemporain.


* la diversité de ces sigles ainsi que l’inexplicable « OTG » sont les reflets de la complexité et l’absurdité des strates politico-militaires qui divisent l’Irlande pendant les Événements.


Alexandre Muller


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A propos de l'écrivain

Robert McLiam Wilson

Né à Belfast en 1964, Robert McLiam Wilson a étudié la littérature anglaise à l'Université de Cambridge, mais n'a pas terminé ses études. Il a écrit trois romans : Ripley Bogle (1989) qui a remporté le Prix Rooney, le Prix Trask, le Prix Hughes et le Prix Irish Book, Manfred's pain (1992), Eureké Street (1996)


A propos du rédacteur