Identification

Etudes

Comment lire la poésie ? Son Tempo

, le Vendredi, 15 Juin 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Il existe plusieurs façons de lire la poésie. Si certains le font à un rythme proche de la vitesse à laquelle ils parlent dans la vie courante, d’autres préfèrent isoler les mots, les mettre en valeur, les scander. Qu’en devons-nous conclure ?

Aristote pensait que le « tempo » poétique devait correspondre à notre rythme cardiaque. À chaque battement de notre cœur devait tomber l’accent tonique, précédé le plus souvent de deux syllabes inaccentuées (iambes) ou de trois (anapestes). Pour un rythme cardiaque de 60 pulsations, cela faisait donc une moyenne de 150 syllabes à la minute. Ce qui veut dire, les mots grecs étant en moyenne de deux syllabes, un tempo moyen de 75 mots à la minute. Si le rythme cardiaque passe de 60 à 70, le tempo devient  d’environ 80 mots à la minute, ce qui peut encore nous paraître un peu lent. Mais il faut tenir compte de ce qu’à l’époque, la poésie était déclamée, presque chantée.

Des études plus récentes établissent que nous disons 150 mots à la minute dans notre langage usuel (200, les présentateurs de la télévision !). Ce chiffre tombe à 100 ou 125 pour un scientifique qui nous fait un exposé. Un prédicateur, lui, aura un tempo de 90 mots à la minute. Nous ne sommes plus très loin du tempo d’Aristote et pouvons donc conclure qu’il est habituel et traditionnel de lire ou dire la poésie plus lentement que nous ne parlons d’ordinaire. Bien évidemment, nous lirons plus rapidement une tirade de Victor Hugo qu’une poésie méditative de Paul Valéry pour laquelle nous retrouverons – presque – le tempo d’Aristote.

Léon Tolstoï, les chemins de la misère

Ecrit par Nadia Agsous , le Jeudi, 31 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Les chemins de la misère, Léon Tolstoï, Editions de l’Herne, 2012, 63 pages, 9,50 €

 

Le 9 février 1909, le Comte Lev Nikolaïevitch Tolstoï écrivait dans son journal :

« Je viens de voir un misérable, un moujik, un ancien soldat, qui s’exprime avec des mots étrangers, inutiles, mais leur sens est le même : la haine à l’encontre des gouvernants, des riches, la jalousie et une façon de se justifier de tout. Un être épouvantable. Qui a fait cela ? Les révolutionnaires ou le gouvernement ? Les deux ».

A travers ce paragraphe, L. Tolstoï décrit un tableau qui s’inspire d’une réalité sociale qui sévit en Russie. C’est ainsi qu’il nous introduit d’emblée dans le thème central de cet essai totalement consacré au monde paysan vivant dans les villages à proximité de sa demeure située près de Toula. Par ailleurs, en centrant son propos sur les paysans et sur leurs conditions de vie extrêmement précaires, il nous informe du contexte politique russe des années 1908 et dévoile son positionnement à l’égard du gouvernement russe, d’une part. Et des révolutionnaires, d’autre part.

Un vrai lever de lune sur le temps

Ecrit par Jean Bogdelin , le Mercredi, 30 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Poe avec Mallarmé avec Hawking

 

L’équation de l’équivalence de l’énergie et de la matière d’Einstein E=mc² a fait une victime collatérale de choix, le poète Edgar Poe, auteur d’une cosmologie avec Eurêka, publié en 1848 à New-York, traité universellement admiré jusqu’alors.

S’il avait vécu à notre époque, nul doute qu’il eût incorporé l’équation dans sa démonstration de physique théorique, laquelle était bien assise sur les connaissances en astronomie de son temps, qu’il dépassait d’ailleurs lumineusement en beauté, à la fois inquiétante et sereine, grâce à sa synthèse faite uniquement de déductions, annonciatrice de nos dernières découvertes, notamment celles concernant l’espace-temps, l’expansion de l’univers et naturellement le Big Bang.

Cependant à notre époque, il n’aurait pas trouvé un autre Baudelaire pour le traduire, les derniers poètes capables de le faire ont disparu avec Mallarmé et Valéry. Ce trio le portait, on s’en doute, aux nues sinon au firmament.

Si Mallarmé a pu parler de lune sur le temps pour qualifier l’art d’Edgar Poe, je crois qu’on peut contempler Eurêka comme un lever de lune sur le temps. Lever que n’aurait pas snobé Stephen Hawking, auteur d’Une histoire brève du temps.

Cap au pire, Samuel Beckett

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 27 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Cap au pire, Samuel Beckett, traduit de l’anglais par Edith Fournier, 1991, 64 pages, 8,60 €

Seul l’acte de résistance résiste à la mort, soit sous la forme d’une œuvre d’art soit sous la forme d’une lutte des hommes.

Deleuze

Celui qui ne résiste pas ne se rendra jamais

Thoreau

 

Beckett a résisté à faire du Beckett. Chaque œuvre, chaque phrase, chaque mot, chaque lettre, résiste à la littérature pour tracer des lignes de fuite vers le cinéma, le théâtre, la philosophie, la poésie, la logique, le sens et les sons. Seulement et simplement vers. Chaque phrasé est un personnage et inversement. Les événements arrêtés fuient de toutes parts. Un homme dans une poubelle : une vie entière. Pas d’analyse. Rien que du constat. En attendant Godot :

« – Le temps s’est arrêté… « – Tout ce que vous voulez, mais pas ça ».

Entre les paranos qui voient du sens partout et les cons qui jugent absurde tout ce qui les gêne, les tragédies humaines oscillent avec humour.

A propos de "La mort aux trousses" d'Hitchcock. Deux lectures

Ecrit par Yasmina Mahdi, Didier Ayres , le Mardi, 22 Mai 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

1. Synopsis 1959

"La Mort aux trousses"d'Alfred Hitchcock par Yasmina MAHDI

 

Sous le titre français qui sonne comme celui d'un roman policier, on voit au générique le vrai nom anglais, "North by Northwest", enroulé comme un noeud de Moebius, c'est-à-dire une impasse, un nom qui ne veut rien dire. Un titre qui, comme le plan de la plongée vertigineuse du haut du toit de l'immeuble des Nations-Unies à New-York sur le bassin circulaire et le jardin qui s'arrondit en coin, le tout encadré et bloqué par les fenêtres cellulaires du gratte-ciel, se trouve sans issue. Comme un constat. Une vision aveugle. Un angle mort. Le film est célèbre car chacun s'est approprié la course-poursuite d'un homme traqué, se retrouvant seul attaqué par un avion. Détournement du sens ou anticipation de détournements d'avions ? Guerre froide derrière le saupoudrage d'informations, (nocif comme l'épandage), d'images de femmes et d'hommes élégants, impeccables, - sorte de gravure de mode des années 60 -, adeptes du modernisme, (et de l'individualisme), du bien-penser et du bien-manger, agents de la propagande d'un peuple sain d'Amérique ? Continent débarrassé de ses scories, espions venus de l'Est, trafiquants, usurpateurs politiques ?