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Etudes

Sur "Balco Atlantico" de Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 06 Octobre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Balco Atlantico, Actes Sud, février 2008, 192 p.18,30 €

Alors que le dernier livre de Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome – dont l’action principale se situe dans un bar corse – semble rencontrer un grand succès populaire, il semble opportun de reparler de Balco Atlantico, ce roman antérieur qui se déroulait dans le même lieu et dont l’auteur a gardé quelques personnages. Et ceci d’autant plus que ce livre magnifique n’avait étonnamment reçu aucun écho critique dans la presse nationale à sa sortie en 2008 !

La beauté de la langue, pourtant, frappe dès les premières lignes et il existait bien déjà un style singulier d’une grande fluidité se jouant de la longueur des phrases grâce à une ponctuation totalement maîtrisée, sachant glisser d’un temps à l’autre, d’un lieu ou d’un personnage à l’autre, de manière subtile. Une écriture qui donne à voir et à ressentir, à saisir par le cœur, illustrant la puissance métaphorique de la littérature pour approcher la vérité de l’humain. Et à cela s’ajoute le regard respectueux et empathique porté par l’auteur sur tous ses personnages et la force de son humour qui rend leurs destins d’autant plus poignants.

Le livre s’ouvre sur une scène émouvante qui se déroule en Corse dans un bar. Marie-Angèle Susini, la propriétaire de ce lieu fréquenté par tous les protagonistes de l’histoire, vient d’arracher sa fille Virginie au cadavre sanglant de son amour de jeunesse, Stéphane Campana, nationaliste abattu en plein jour sur la place du village.

L'écriture de Christine Angot (A propos d'"une semaine de vacances")

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED, La rentrée littéraire

 

L’écriture de Christine Angot : une instance mémorielle devenue tout entière écriture (Une semaine de vacances, Flammarion, 100 p., 14 €, et L’Inceste, Stock, 1999, 216 p.)

 

Angot est tenaillée dans ce court roman par un souci constant de dire le plus précisément possible la façon dont les événements évoqués dans L’Inceste (« […] la sodomisation, la voiture, le sucer dans la voiture, lui manger des clémentines sur la queue, tendue, le voir aux toilettes […] le jour où on n’est pas allés à Carcassonne ») sont advenus, la mettant à mort en tant qu’être, la réifiant totalement, elle devenue seul objet de désir, cassé, entièrement cassé entre les mains de celui qui cherche – du moins dit chercher – à ne pas lui faire mal physiquement et qui en la réduisant entièrement à un seul objet de désir, à un seul objet qu’il veut entièrement dédié à son plaisir, la tue. Lui, son père.

« Elle lui dit qu’elle adore le voir mais qu’elle ne peut pas s’empêcher d’avoir un peu peur, pour son avenir ».

Du théâtre divisionniste

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 24 Septembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

 

Manifeste pour les faits et objectifs de l’écriture théâtrale divisionniste.

 

Un théâtre divisé.

Coupé, assemblé par le jeu des euphonies, quitte à décaler le sens de tout discours.

Diviser ce que nous sommes est ce que le théâtre doit montrer.

Homme moderne, pris dans le flux coupé des séquences de l’information, dans la moiteur des humeurs et de son obscurité.

Et là un texte de théâtre qui prône des situations brèves, inachevées, sans rapports, et qui les appréhende violemment comme est violente la vie.

Sans exclure les grands mythes.

Sans perdre le courant épique de la grande histoire.

La langue française sous la loupe d'un traducteur

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Lundi, 17 Septembre 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Coups de langue, Michel Volkovitch, Editions Maurice Nadeau, 2006, 18 €

Coups de langue de Michel Volkovitch, chroniques publiées durant six ans dans le bimensuel la Quinzaine Littéraire, est une succulente immersion dans la langue française. Enseignant d’anglais et de français à la retraite, traducteur de grec, l’auteur livre un regard ingénieux, amoureux de la langue française, et il n’hésite pas des comparaisons avec d’autres langues. La beauté n’a pas de frontières. Ces Coups de langue, comme la langue qui goûte fugacement le dosage des épices d’un plat qui mijote, langue qui lèche une matière, sont de véritables cours de langue.

Michel Volkovitch s’est fait le plaisir d’explorer le rythme, le sens, l’endurance, la faiblesse, le poids, la texture des mots. Au détour et autour de mots, la musicalité, la cacophonie, l’harmonie, le silence des syllabes n’échappent pas à l’oreille du traducteur. Il livre à cœur ouvert ses amours et ses déceptions de la tournure d’une phase, de l’emplacement d’une virgule ou de la mesure d’un mot – au sens vocal – en évoquant des romans, des poèmes ou simplement des paroles entendues. Sur une soixantaine de papiers, l’auteur donne à regarder et à (re)lire autrement des œuvres, à sentir, à saisir des extraits, poétiques ou romanesques, notamment de la littérature française. Balzac, Flaubert, Sartre, Michaux, Camus, Modiano, Pierre Ahnne, Valérie Rouzeau, et autres noms, connus et peu connus, des siècles passés ou contemporains, sont passés à la loupe.

Portrait rouge - A propos de Roger Munier, Vision

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 02 Juillet 2012. , dans Etudes, Les Dossiers, La Une CED

Vision, Roger Munier, Editions Arfuyen, 2012, 80 p. 8,50 €

 

Il n’est pas nécessaire [...] de regarder l’analyse comme un exercice en soi, long, fastidieux, détaillé, rationnel. Car l’analyse n’est pas forcément cette approche globale, cette saisie totale et absolue qu’elle se donne souvent pour but. L’analyse peut être courte, fulgurante, intuitive. Elle n’a pas besoin de porter sur l’ensemble d’une œuvre pour être déterminante. Elle peut s’accrocher immédiatement à un détail apparemment secondaire ; elle est parfois le fait d’une rencontre inspirée, surprenante.

Pierre Boulez

 

J’admire Vision, le dernier livre de Roger Munier, car son idée du vide me touche beaucoup. À cause de cette vie provinciale que je mène ici actuellement où un simple oiseau dans l’écho de la rue, ou le bruit régulier du réveil dans le silence ouaté de la maison, l’odeur de pêche mûre, signalent que quelque chose passe en soulignant que cela disparaît et fait place au vide, à l’éclipse.