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En attendant que les beaux jours arrivent, Cécile Harel

Ecrit par Sophie Adriansen 21.09.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, La rentrée littéraire, Roman, Les Escales

En attendant que les beaux jours reviennent, 23 août 2012, 288 pages, 20,50 €

Ecrivain(s): Cécile Harel Edition: Les Escales

En attendant que les beaux jours arrivent, Cécile Harel

 

« C’est nul de faire des gosses quand on a du talent. Il faut laisser ça aux gens qui n’ont rien d’autre pour remplir leur vie » (page 89).

A quelques semaines de Noël, Marie, quarantenaire vivant à Paris, fait comme chaque année le vœu de passer le réveillon sur la tombe de sa mère. Elle demande à son époux de l’accompagner. Leur dialogue sera l’occasion pour la narratrice de remonter le temps et de plonger dans son complexe passé familial.

« J’aurais adoré épater mon père en abordant de grands sujets comme il les aimait, mais je n’en avais ni les mots, ni la connaissance. Je me sentais idiote à ses côtés, en tous les cas pas aussi intelligente que je pensais qu’il aurait souhaité que je sois » (page 86).

Alternant le présent, et l’histoire d’amour fusionnelle qui lie Marie à son mari, et le passé, et le cheminement douloureux d’une femme qui se débat pour exister, En attendant que les beaux jours reviennent dresse le portrait d’une femme peu banale.

« J’avais refusé la douleur. Elle m’était revenue en pleine figure » (page 208).

Car en attendant que les beaux jours reviennent, Marie passe à côté de sa vie…

« Je n’avais pas compris que ma mère n’avait qu’une seule vie. Je préférais attendre que la mienne commence en allant chez Castel » (page 172).

On a beau s’agacer du côté bonne élève de cette Marie, la préférer amoureuse éperdue que fille et sœur, lui trouver, donc, que la passion lui va mieux que la raison, on finit bel et bien par s’y attacher. Sa famille est une véritable famille de roman, avec ses petits secrets et ses grandes douleurs.

« Nous ne devrions jamais nous éloigner des gens que nous aimons » (page 205).

Dans ce premier roman, Cécile Harel révèle un réel sens du dialogue. Très accessible, son style fait des incursions dans l’univers du cinéma, voire du langage parlé. Tout cela tend à rendre son roman extrêmement vivant et aussi terrible qu’il peut être drôle.

« – Si on achetait un appartement ?

– Pour quoi faire ? rétorque mon mari.

– Pour avoir un toit quand on sera vieux.

– J’ai tellement vu mes parents prévoir leur avenir à en oublier de vivre leur présent que l’idée de devenir propriétaire me terrifie.

– Achetons au moins une concession dans un cimetière au bord de la mer » (page 202).

Si les tribulations de son héroïne s’avèrent parfois trop nombreuses et trop détaillées, au point d’étouffer presque le lecteur, les pages où la narratrice laisse éclater sa douleur et sa peur de l’avenir sont formidables de justesse – à tel point que la collection de citations a considérablement augmenté une fois l’ouvrage refermé.

De là à penser que Marie et Cécile ne sont pas si différentes, il n’y a qu’un pas…

« Là où tu estimes que je me suis fait avoir, où les autres ont l’impression d’avoir fait une bonne affaire, je me suis libéré. Je suis déjà loin. Ce que je suis prêt à laisser est inférieur à ce que je vais gagner. Je ne suis pas dans une logique économique. Je suis dans une logique émotionnelle et artistique. Je suis trop sensible aussi. Si je m’entête à poursuivre celui qui cherche à me nuire, je vais m’affaiblir et je perdrai beaucoup plus que ce que j’aurai décidé d’abandonner » (page 162).

 

Sophie Adriansen


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A propos de l'écrivain

Cécile Harel

 

Cécile Harel habite au bord de la Méditerranée dans laquelle elle nage tous les matins, été comme hiver, réalisant ainsi son rêve d’enfant. Elle aimerait aussi une source d’eau, un verger, un potager et des poules pour vivre en autarcie, mais attend encore un peu. Elle est le premier auteur français que Les Escales ont choisi de publier. En attendant que les beaux jours reviennent est en cours de traduction en Allemagne.

 

A propos du rédacteur

Sophie Adriansen

 

Sophie Adriansen est l'auteur de plusieurs ouvrages en littérature générale et en littérature jeunesse, notamment Je vous emmène au bout de la ligne (Max Milo), Trois années avec la SLA (Editions de l'Officine), Un meeting (StoryLab), J'ai passé l'âge de la colo ! (Editions Volpilière), Louis de Funès - Regardez-moi là, vous ! (Editions Premium), Quand nous serons frère et sœur (Editions Myriapode). Ses nouvelles ont été publiées en recueils et dans différentes revues.

Elle participe à des jurys littéraires et tient depuis 2009 le blog de lecture Sophielit.

www.sophieadriansen.fr

 

http://www.lacauselitteraire.fr/j-ai-passe-l-age-de-la-colo-sophie-adriansen J'ai passé l'âge de la colo !