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Ecriture

Suites à Miami (1)

Ecrit par Jean-François Chénin , le Samedi, 15 Octobre 2011. , dans Ecriture, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Bonnes feuilles

Bonnes feuilles


A Miami, j’ai pris le parti du quotidien, au fil de l’eau et des flyovers, en roue libre, attentif, amusé, réservé, en embuscade, avec méthode : balancer sur le mot à mot, avancer sur des phrases retournées, détournées, retenues, remonter à temps, respirer. Délier la main qui écrit. Je dispose de ce temps libre de l’esprit entre mille choses à faire. J’ai du papier, un crayon et je m’arrête en bord de route ou en bord de table, j’occupe les lieux de mes visions et, à l’arraché, entre deux regards, je plonge à traits tendus dans le ciel qui s’effile immensément autour de moi. J’ai des impressions fugitives d’histoires qui ne sont pas les miennes et qui, pourtant, me concernent. Je m’arc-boute à l’à-pic de mon instinct pour penser qu’ici, à Miami, des mondes se défont les uns contre les autres, les uns dans les autres et que, foin du résultat, il en restera ce que l’on en a aimé y compris dans la détestation que ces mondes suscitent. Mes amis me le rendent bien qui ne m’invitent plus. Mais chaque jour je passe un pont et, dans cette élévation douce vers le vide du ciel, je comprends les raisons de mon choix : respirer chaque fois que je tombe du ciel, respirer et me relever.

La sensualité des âmes désespérées

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Jeudi, 13 Octobre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

 

C’est un dimanche. Cela suffirait pour être triste.

Mais c’est un dimanche ensoleillé. Et c’est pourquoi l’on se sent si vide. Quelque chose ne colle pas : le soleil et la tristesse mêlés s’annulent, et ne reste que le néant.

Mais un dimanche de vacances en Italie : et tout change. C’est ce qu’on imagine, du moins.


Line s’est retirée dans un coin tranquille du jardin, sous les arbres, et elle écrit :


Fiesole, le 20 août


Amore mio,

Où es-tu parti ? Si loin, si vite, que je n’ai pas eu le temps de t’embrasser une dernière fois. N’importe où je suis, tu es avec moi et le seras toujours, tu me l’as promis. Et c’est ma seule consolation.

Sous la coupole spleenétique du ciel (10)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 12 Octobre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Work in progress


La parcelle de nuit qui te focalise, entretiens-la dans ton parcours.

Comme je lisais ce précepte énigmatique, une brise vint apaiser mon trouble. Que la nuit soit éclairante, on en convient mais. Que la nuit nous synthétise !

Le chat s’approcha de moi, paupières écartées, me caressa le front ; ce qu’il perçut l’emporta dans une torpeur cataleptique ; je ne le discernai qu’à travers ses vertiges.

Le chat, au fond, ce n’était que moi. Miaulant

dans la fiction du monde.


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Sous la coupole spleenétique du ciel (9)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 05 Octobre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Work in progress

Où demeures-tu, Carcasse ?

Là où tu vas, dans tes voyages, dans tes légendes, je demeure.

Ainsi tu me suis ? Partout tu me suis ?

Je suis près de tes fibres, j’enveloppe tes pensées ; je frémis quand tu dors, je cours quand tu bondis.

Et dans la mort, me suivras-tu ?

Je serai comme un essaim de particules ; j’irai me répandre, sur un nouveau parterre.

Me suivras-tu ?

Je te suis déjà, fidèle. Comme un vautour.


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L'Arbre aux secrets - 10 (Chap. XI)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 04 Octobre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers


Rose courait dans les couloirs du château et le bruit de sa course résonnait tantôt sur le bois, tantôt sur la pierre, tantôt était étouffé par de moelleux tapis ou des peaux de bêtes. Elle ouvrait brusquement des portes, dévalait des escaliers, traversait des cours et des jardins. Malgré sa colère envers Victor, qui était à ses yeux responsable de la maladie de sa mère, elle ne pouvait s’empêcher d’être émerveillée par les visions qu’il créait. Elle s’arrêtait parfois, fascinée, dans une serre emplie de végétations étranges et sombres où voletaient d’immenses papillons bleu azur ; une porte de placard à balais ouvrait sur une forêt de pins où se faisait entendre le bruit de la mer ; une porte énorme de chêne sombre révélait au contraire la minuscule échoppe d’un ancien chocolatier, où s’affairaient dans les effluves les plus suaves des enfants aux joues rougies par la chaleur du feu où fondait le chocolat.

En même temps, la vision de ces enfants jardinant, cuisinant, nettoyant, attelés aux plus lourds travaux ou aux plus délicats, serrait le cœur de Rose, bien qu’elle se dise, en même temps, que ce n’était qu’un rêve, une vision. Qu’avait-il pu arriver à Victor pour qu’il en veuille tant aux autres ? Quel drame affreux, qui avait perverti son imagination capable tout à la fois de créer des choses si merveilleuses et de les peupler d’êtres si malheureux ? S’il n’y avait pas eu ces enfants aux mines grises, tous pareils, sans nom, presque sans visage, on aurait pu passer sa vie dans le château de Victor.