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Ecriture

Suites à Miami (6)

, le Jeudi, 17 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

88. A Miami, j'ai rencontré des comtes et des marquis. Ils portent beau la belle époque, le beau parlé, le blazer et le ressentiment.


89.    A Miami, les tenues blanches des white party ont le goût cartonné de la naphtaline et le froissement léger des dessous de cartes. S'y reprendre à deux fois pour comprendre que, même dans la nuit noire, le dress-code est le cache-misère de ceux ou celles qui n'inventent plus rien.


90.    A l'évidence, ils ont bâti des arpents de pierre et d'obsession, d'espace et de désespoir, de résolutions droites et d'obliques perversions. Ils sont entrés dans leurs rêves, construit des murs, des voûtes, élevé des escaliers tournants, des verrières et des souffles de vide. A Miami, me voilà sur leur vide, échevelé de vertiges et de spasmes, dérivant malgré moi dans leur domaine clos de toute part de vent et de lumière, ceux des jours finissants. Ils ont atteint la fin du monde. Quelle apparence donnerait un tel artéfact d'entrelacs évidés qui ne résonnent plus que par les ombres qu'ils projettent ?

 

91.    A Miami, le vent souffle dans les palmes échevelées des rêves disparus.

Sous la coupole spleenétique du ciel (15)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 16 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

Il n’y a de double qu’avec soi-même, d’échos qu’avec les autres ; qu’avec le macrocosme, une réverbération possible.

Oui nous sommes les mammifères inquiets, ceux qui se confortent en beuglant plus fort ; les bipèdes aux insomnies ondoyantes ; les hominiens que soulèvent leur conscience ; les créatures qui s’accordent en rêvant…

J’ai croisé la femme qui s’échappe ; la lourde écharpe du typhon ; la toison des vagues, d’avant la bourrasque ; et toutes ces embellies, qui dominent dans les livres.

J’ai croisé le fer avec l’acier, le regard avec la face, le lapin avec la carpe ; et mes nuits se sont allaitées au sein de la diffraction du langage.

Il n’y a d’autre

que par la fécondité du regard.


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Eclair de chaleur

Ecrit par Philippe Leven , le Lundi, 14 Novembre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Micro-nouvelle noire

 

Elle se retourna pour la première fois au bout du couloir. Aussitôt les deux hommes qui la suivaient baissèrent la tête d’un même mouvement. Ce vieux sentiment tiède et familier de déjà-vu l’assaillit brutalement, escorté de son flot brûlant de panique et de plaisir. Comme un jet violent de lumière rouge et de cris sur un enlacement odieux. Elle serra de ses doigts crispés le cuir de son sac à main, pendu à son épaule. Il ne fallait pas qu’elle s’affole, qu’elle laisse déferler en elle le flux des images, le poids de la mémoire, les spasmes de la hâte : ne rien laisser pénétrer qui ferait vaciller sa maîtrise d’une scène déjà vécue, mille fois rêvée, partie de l’ordre de son monde secret. Les vibrations légères du couloir roulant glissèrent le long de ses talons-aiguilles, sur la texture électrique de ses bas et comme une vrille jusque dans ses reins et son dos. Elle entendait les pas derrière elle, ponctuant le heurt brutal de ses tempes en feu et elle tenta une fois, une seule, de refouler au fond de ses prismes fous le récit des scènes qui allaient suivre. Mais elle en avait une perception trop aiguë et, peu à peu, les images s’installèrent, odieuses et intenses, dans leur étrange familiarité.

Suites à Miami (5)

Ecrit par Jean-François Chénin , le Vendredi, 11 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

67.    A Miami, l'important est de sortir du bois. Les mains trainent, les lèvres tremblent. Au coin de la rue, un coup de vent relève les cheveux, les masques tombent.


68.    A Miami, chacun cherche l'échappatoire. La caste, même la plus élevée, est un étouffoir. Peu importe la destination, même la plus improbable, il s'agit de s'écarter de son destin. Les castes sont ainsi : elles recèlent de rejetons qui aspirent au détournement, au prix de s'exclure... A cœur remontrant.


69.    A Miami les hommes n'ont aucune grâce. Ils se négligent et leur assurance est une désinvolture de trop.


70.    A Miami, je serai méthodique, légèrement décalé, juste assez dans mes pas de côté,  en escapade pour ne pas me prendre trop au sérieux, ni dévot de mes considérations. Seul compte le choix des mots : être exigeant excessivement. Alors écrire n'est pas sans risque, celui, très serein et bien volontaire, de ne pas finir une phrase ou un mouvement et de rester en suspend. Mais j'aurai aimé et garderai, en moi, l'image, la musique et la vie.

Le prince des cinq sens

Ecrit par Jules Huchin , le Jeudi, 10 Novembre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED


Dans le pays d’Armoud, il y a bien des siècles de cela, les contes des vieilles femmes avaient cinq sens.

Un sens pour les serviteurs du roi, qui fondait leur morale et dictait l’ordre rituel des gestes à accomplir au long de la journée pour maintenir la divinité du souverain, sans cesse menacée de s’écrouler. L’une de leur doctrine primordiale reposait sur une certaine conception de la vision, qui faisait du roi un être extérieur à lui-même, recevant son essence de la convergence des regards du peuple sur son faible corps terrestre. Ce corps devait rester sans cesse d’une pureté sans tache, poli et blanc comme un miroir, et ses vêtements devaient imiter la nudité la plus parfaite. Ses cheveux, teints dans le lait de vierges fécondées par lui-même et nourries de la chair de leurs enfants sacrifiés, descendaient en une frange subtile qui masquait uniquement ses pupilles, laissant l’iris fulgurer en sa blancheur, afin d’éviter que l’image du peuple reflétée en son esprit ne divise sa belle unité candide.

Un sens pour les prêtres du grand dieu

Un sens pour les généraux