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Ecriture

Caméléon

Ecrit par Cédric Bonfils , le Mardi, 17 Avril 2012. , dans Ecriture, La Une CED


À quelques pas de l’entrée de l’immeuble et de la sortie de l’école, debout sur le trottoir ou assise où on peut, on papote. On attend nos gosses. Tu fais dans les mots simples et clairs. Le temps qui passe, le menu de la veille, le dernier loto gratté, raté. Pas d’embrouilles. Pas de plaintes. Dans quelques minutes la sonnerie de la fin de l’école. On tire sur nos clopes. Une journée de passée. Moins que ça, en fait. Quelques heures. On enchaîne dans nos têtes. Sprint des pensées pour se repasser une dernière fois le circuit de la soirée : devoirs, bain, repas… On songe à chaque étape – ne rien manquer. Tu songes à ces types sur leur paire de skis enfilant les virages à toute vitesse. Pourquoi tu t’étais retrouvée de bonne heure le matin devant les derniers Jeux Olympiques d’hiver, ça tu ne sais plus. Et tu te demandes si tu seras assez intelligente pour les questions posées pendant les devoirs, si tu seras assez calme pour les cris poussés pendant qu’ils jouent, si tu seras assez tranquille pour les serrer dans tes bras avant de dormir sans leur filer un peu d’angoisse de peau à peau. La peur passe par où tu respires.  On rentre du boulot. Ou pas. Ça dépend. Des périodes – pas de nous. On en voudrait pour tout le temps du travail. Pour l’argent. Au moins contre l’ennui. Si le boulot manque, l’ennui on le rature autrement – avec tout ce qu’on peut faire à la place, à la maison, dehors, chez toi, peu importe.

Keyta ou la fuite du papillon (5). Fièvre

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 12 Avril 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED


Lorsque Keyta sent la chaleur monter, il est déjà trop tard.

Peter Vanecker installe la jeune femme dans son lit, livide, frissonnante, transpirante et saisie de spasmes. Il reconnaît la maladie, toutefois il ne se fait pas trop de mouron. Les remèdes de Nyampundu procèdent du miracle. Certes le corps doit se purger et le malade doit en passer par les crises de fièvre jusqu’au délire, par de longues heures d’inconscience. En matière de guérison, tout est affaire de patience.

Dans le corps malade, une intense chaleur.

Naviguant inconsciente sur un fleuve ardent, aux confins des terres de la vie.

La lave coule dans ses veines,

Où sont les chants sacrés ?

Des rouleaux de fumées l’engloutissent.

Sous la coupole spleenétique du ciel (35)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 11 Avril 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

 

L’accent : faut-il qu’il soit tonique, pour s’opposer aux turbulences ? de hauteur, pour mieux atteindre les flancs du signe ? d’intensité, pour franchir le mur du sens ?

Faut-il que le murmure soit, élevé ? que le cri soit, atone ?

Parfois je mets en scène une autre langue, une parole abstraite, quelques phonèmes sans mots…

Je dis des choses qui s’instruisent en s’opposant…

Des actes, voulant s’extraire de mon langage, contournent  grammaires et phonétiques…

Et la patience se fait en mille syllabes…

Il faudra l’entendre. Ce qui dit. Par deçà.

L’en-

tendre !

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La muse au champ

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 10 Avril 2012. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED




 

 

Au maquis de la canne, en fleur, tu me devances,

Dispersant la rosée comme un vif goupillon,

Ta course m’échevelle et mes soupirs immenses

Sur tes nattes font battre les nœuds papillons.


Bondissante aux ardentes saillies des rayons,

Tu te moques de moi, te dévêts de tes soies

Dont tu jonches le sol comme de vils haillons,

Et, libre, tu t'ébats comme Eve et me dévoies.

L'Arabe et le vaste pays de Ô (Chapitre 10)

, le Dimanche, 08 Avril 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, La Une CED, Bonnes feuilles

Je vis le premier l'Amérique mais je doute qu'elle ne m'ait jamais aperçu dans la foule des gens qui tombaient sans cesse du ciel. Je ne pouvais croire, lorsque je vis New York pour la première fois de ma vie, qu’une ville puisse être plus grande que la planète elle-même et brasser des univers entiers comme s’il s’agissait de petits quartiers chinois. Vue d’en haut, cette planète renvoyait mes angoisses religieuses à la taille des moeurs de quelques insectes ignorés. New York nous fit disparaître, moi, mon Allah, mes minarets, la foule de mes ancêtres qui pouvait tenir dans un seul bus et mes turpitudes supposées en un seul instant, et replaça mon épopée sur l’échelle de ses gratte-ciels pour mieux m’aider à comprendre ma bulle de savon. Nous allions atterrir mais la peur que j'avais des Américains était si grande et mes appréhensions si terribles, que je ne voulais ni ralentir, ni aller vers la terre, ni laisser tomber l'ancre, ni retourner chez moi les mains vides.

Ce fut à ce moment-là que commença ma chute loin de mon propre Dieu tel qu’il me fut transmis par les miens. Lorsque je lâchai la corde, la profondeur du désespoir de notre condition à tous me coupa le souffle : ma seule ressource était de retenir ma respiration et de voguer vers l'espoir d'une côte et sa trace espérée au bout de cette histoire. La vague qui revint sur moi m’ensevelit tout d’un coup, dans sa propre masse, à la profondeur de vingt ou trente pieds, je me sentais emporté avec une violence et une rapidité extrêmes à une grande distance du côté de la terre.