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Ecriture

Suites à Miami (4)

, le Samedi, 05 Novembre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

46.    A Miami, la vie est devenue le rêve, embaumée. Et sous le vent qui se renforce de jour en jour, tout se bouscule. Tout bascule. Le rêve vient opportunément : mansuétude du renoncement. A la fenêtre, à toutes les fenêtres - devenus les judas des soupirs, devenues les trouées noires du fond du jour, à la fenêtre, à toutes les fenêtres où s'enfoncent les vagues, les cris, les rebondissements, à toutes les fenêtres les hommes et les femmes s'agitent, des chiens aboient, des enfants pourraient tomber. Magie du renoncement. A feu et à sang les grandes enjambées dans le vide, à feu, à sang, pour pleurer la richesse perdue et au fond, tout au fond, l'eau est froide. La vie a pris le pas sur la vie, à force de se partager, d'être mille éclats propulsés. Vendetta que ce rêve.


47.    A Miami, l'hygiène crée la fonction, en toute chose, en tout lieu, jusqu'à l'extinction des feux. Alors il ne faut jurer de rien.


48.    A Miami, se faufiler entre les femmes sans les toucher, mais faire comme si, est le jeu le plus abouti des hommes. Faire barrage, celui des femmes.

Sous la coupole spleenétique du ciel (13)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 02 Novembre 2011. , dans Ecriture, Création poétique, La Une CED

Work in progress

Éraflure sur ta peau, la surface est une profondeur tactile ; griffure superficielle, de quoi toucher les ombres dans leur sommeil ; toujours le seuil donne sur les corridors qui mènent ; écorchure, d’où suinte la flore cutanée, aux bactéries lanternes ; ce qui saigne, est au profond du corps ; gerçure des lèvres, d’avant la phrase, qui meurt… Tout est peau, par-dessus, et par-dessous le derme.

Tu ne dis rien de toutes ces ecchymoses, rien de toutes les contusions ; rien ne demeure peut-être de la brûlure, sinon le feu lui-même…

Il y aurait tant à faire pour ne pas oublier d’évoquer ses mémoires ; tant à faire pour tenter d’effacer la surface, celle qui couvre le territoire des mots.

Écris-toi, comme on balance un geste ; frictionne, où le temps s’innerve.

Retentis, sur la peau tendue, de tes tambours. Et là, et toujours là : peau

peau aime !


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Sous la coupole spleenétique du ciel (12)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 26 Octobre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

Nous parlons de la coquille de noix comme d’une coque de barque que nous bercions sur les ruisseaux.

Nous parlons de la tige du roseau comme d’une flûte Quena provenant de la gorge des Andes.

Nous parlons du marron comme d’un fruit qui crépite sur la plaque d’une cuisinière à bois, lançant de la rondeur aux effluves ambiants.

Nous parlons des orties comme d’une flagellation dans la course des champs.

Nous parlons de la luzerne comme d’un tapis où recueillir son corps sous l’étude des étoiles.

Nous sommes

de l’enfance et du vieux, du naguère et de l’ici,

du près

et du lointain.


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Suites à Miami (3)

Ecrit par Jean-François Chénin , le Mardi, 25 Octobre 2011. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

26. A Miami, les jours sont continus et il reste toujours, au fond de la nuit, une fenêtre éclairée au sommet d'un building, une lumière pâle et lointaine, une lumière qui s'éteindra avec le jour revenu, continu. C'est se mettre martel en tête que de rêver à contretemps.

27. A Miami, les artistes dégringolent des cimaises qu'ils essaient d'accrocher au ciel. Pauvres artistes !

28. A Miami, la lune s'accroche aux derniers nuages, la tête à l'envers. La nature n'est pas comme elle est. Il faut aller chercher plus loin, en arrière-fond, ce qu'elle n'est pas prête à donner. Comme ce mystère de l'Infante, errante dans sa demeure, arrachée des miroirs qui la tenaient.

29. A Miami, les rêves disparaissent dans les bars poisseux de Winwood, au bord d'une voie ferrée sans destination. Me revient une phrase de Pascal Quignard :"Quelque chose me manque où je sens que je vais aimer m'égarer" (Villa Amalia).

30. A Miami, j'ai relu Antonin Artaud : "Nul n'a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l'enfer" (Van Gogh, le Suicidé de la Société). Il est venu à Miami. Certains l'ont vu sous les flyovers de l'I95. Il tendait sa main graphorrhée à une cartomancienne cubaine.

Le Dieu de la Foudre

Ecrit par Jules Huchin , le Lundi, 24 Octobre 2011. , dans Ecriture, Nouvelles, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Dans plusieurs histoires des religions de la fin du dix-neuvième siècle, il est fait mention d’un peuple adorant la foudre. Le nom de ce peuple ne nous est pas parvenu ; pas même le nom de son dieu. Certains affirment que c’est Phulg, et que fulgur en est issu ; deux auteurs, Démichas et Bartouas, s’accordent sur Foldur, mais l’ouvrage du second ne semble qu’un plagiat du premier, qui ne cite pas ses sources. Tout semble débuter chez Vaniol, dans son Histoire des cultes envisagés à la lumière du Christianisme, publié chez Chamuel en 1865 ; il dit tirer son information d’un opuscule chrétien d’un pseudo Jean Damascène, fausse suite du De fide orthodoxa qui résume certaines hérésies pour mieux les combattre. La côte du volume qu’il cite est signalée comme absente de la bibliothèque de l’Arsenal ; malgré nos recherches, nous n’avons pu retrouver d’autres exemplaires de ce texte. Pour Vaniol, le dieu de la foudre est Afagor ; on peut s’accorder sur un nom en f-, onomatopée (?) de la foudre ou du vent.

Afagor, Foldur ou Phulg se manifeste sous plusieurs formes. Pour ce peuple que Vaniol place au début de notre ère, les différents sens humains sont strictement redondants : le son que fait un objet est cet objet, autant que son image visuelle, son odeur, son goût ou la sensation qu’il laisse sur la peau. Afagor est adoré d’abord par sa capacité à se dédoubler, à exister simultanément à plusieurs moments du temps sous des formes différentes.