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Ecriture

Le tweeteur doux (5)

Ecrit par François Vinsot , le Jeudi, 14 Juin 2012. , dans Ecriture, Nouvelles, Ecrits suivis, La Une CED

Feuilleton twitique

J’aimerais tant pouvoir tweeter des cygnes aussi blancs que ceux du lac

 

Le sol trembla et un bruit monstrueux s’approcha dans la brume. « Qui êtes-vous ? », murmurai-je d’une toute petite voix pour être sûr de ne pas être entendu. Puis deux hommes en bleu sortirent d’un bulldozer jaune et me crièrent dessus comme on se défoule sur un gamin qui vient de faire une grosse bêtise.

Dans le torrent verbal, j’attrapai ce que je pus : « chantier interdit au public, assis au milieu de nulle part, complètement dingue, un petit pois à la place du cerveau… ». Et puis l’un d’eux sortit un journal dans lequel on parlait de la faillite d’un parc d’attraction et de la construction d’un nouveau village de vacances. Je ne compris rien à leur histoire mais ça n’avait pas l’air de les déranger. Est-ce que j’allais leur dire que je cherchais à tweeter des signes aussi blancs que ceux du lac ? Non je n’allais pas le leur dire. « Où suis-je, dites-moi simplement où je suis et je m’en vais ». Je ne sais pas comment ils firent pour m’entendre mais ma question sembla les calmer. « Comment ça, où vous êtes ? » demanda l’un d’eux avec une voix devenue en un instant aussi douce qu’une soirée d’été ; les deux hommes se regardèrent sans un mot, leurs gestes se firent moins saccadés et nous partîmes tous les trois dans un immense fou rire qui fit de nous ce qu’il voulait.

Sous la coupole spleenétique du ciel (44)

Ecrit par Daniel Leduc , le Mercredi, 13 Juin 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

C’est l’homme qui dit à celui qui l’écoute :

J’ai eu un frère qui n’était pas un frère. J’ai connu des frères qui ne portaient pas mon nom.

J’ai croisé des voisins qui m’étaient étrangers. Rejoins des étrangers plus proches que des voisins.

J’ai longé des côtes éloignées de la mer. Côtoyé des mers sans vagues et sans rivages.

J’ai vécu des heures d’étirement. Des heures de partage. Des heures d’exil.

C’est l’homme qui dit :

J’ai aimé trop. Pas assez. Pas encore.

Qui dit :

Je suis passé. Par-dessus. Et par-dessous les ponts.

Alors il ferme les yeux

celui qui dit ;

A Tlemcen (3) : Les maisons, les demeures

Ecrit par Simon Paul Benaych , le Vendredi, 08 Juin 2012. , dans Ecriture, La Une CED, Récits

 

Sélim et Aïssa m’ont rejoint. Je leur raconte comment devant cette maison, avec mes copains Caparos et Chiali, je jouais au cyclorameur, un bel engin que mes parents m’avaient offert pour mes six ans et qui me valait l’amitié fervente de tous les gars du quartier.

En nous dirigeant vers les quartiers neufs, un peu à la périphérie, nous passons devant un superbe bâtiment d’architecture arabe, élégant et lumineux. C’est le Centre culturel de Tlemcen. Il a été construit l’an dernier, à l’occasion des rencontres sur la culture islamique.

Le repas de midi : nous mangeons chez Selim, qui nous a invités, Aïssa et moi. L’appartement est richement meublé, spacieux et avenant. Les quatre enfants de Selim et de son épouse viennent nous accueillir. Nous étions manifestement attendus. Sur la table, trois couverts. Une salade de poivrons, des pâtés à la viande dans des feuilles de brik et des rouleaux au fromage. Après le passage aux toilettes, nous nous installons à table. Je suis étonné de ne pas voir la maîtresse de maison, pour la remercier de ce beau repas. Mais Aïssa m’explique discrètement que c’est l’usage, la femme ne peut voir aucun homme étranger chez elle, et ne peut être vue. Que dire ici, dans cette maison, à la fois si hospitalière et si décalée au regard de nos valeurs européennes ?

Le tweeteur doux (4)

Ecrit par François Vinsot , le Jeudi, 07 Juin 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, La Une CED

Feuilleton twitique

J’aimerais tant pouvoir tweeter des cygnes aussi blancs que ceux du lac

 

Le jour était levé lorsque j’ouvris les yeux et entendis une voix que je ne reconnaissais pas murmurer : « Pensez-vous qu’il est en état, je le trouve encore bien faible ? » J’allais protester lorsqu’une autre voix s’adressa doucement à moi et me demanda si j’avais bien dormi ; « oui, répondis-je, je crois que oui, je crois avoir passé une nuit normale ». « Une nuit normale ! », s’esclaffa quelqu’un,  « voyez-vous ça ! Nous ne passons pas de nuit normale par ici, il ne manquerait plus que cela, mais il est temps de passer aux choses sérieuses », poursuivit-elle : « Levez-vous. »

Me lever ? Non mais elles se prenaient pour quoi toutes ces voix sans visages ? Ne voyaient-elles pas dans quel état  je me trouvais ? Et je dis alors avec une force et une confiance qui me surprirent : « bon ça suffit comme ça ; je me lèverai si j’en ai envie quand j’en ai envie ; je n’ai d’ordre à ne recevoir de personne et d’abord qui êtes-vous ? » J’avais à peine terminé que la voix douce qui aimait bien me chuchoter à l’oreille des questions dont je ne comprenais pas le sens  me chuchota : «  lève-toi, tu verras, tout ira bien ; fais-le pour moi, s’il-te-plait. » Je cessai de résister et me levai sans le moindre effort et sans ressentir la moindre douleur, me retrouvant sur mes pieds pour la première fois depuis mon arrivée.

Sous la coupole spleenétique du ciel (43)

, le Mercredi, 06 Juin 2012. , dans Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, La Une CED

 

Certes, « la carte n’est pas le territoire », mais elle est un jeu d’assemblages de lignes et de courbes qui définissent la mémoire des lieux.

L’homme tournait en rond tout en cherchant sa route. Il possédait un manuel du parfait égarement, lequel lui indiquait comment découvrir ce chemin qu’on ignore, cette piste qui conduit où l’on ne veut paraître.

Les nuances topographiques sont changeantes selon l’humeur ; l’homme reconnaissait des lieux, qu’il ne connaissait pas ; ignorant ceux-là même, qu’il avait côtoyés.

Durant de longues heures, sans calculer de plans, il s’insérait dans un catalogue d’allures et de divagations.

« Je me suis perdu », se dit-il, tout en prenant son temps.

 

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