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L'honorable société, Dominique Manotti, DOA

15.05.11 dans La Une Livres, Les Livres, Série Noire (Gallimard), Recensions, Polars

L’honorable société, 329 p., 18 euros

Ecrivain(s): Dominique Manotti DOA Edition: Série Noire (Gallimard)

L'honorable société, Dominique Manotti, DOA

Dominique Manotti œuvre dans le roman noir social où elle instruit, avec réalisme, avec acuité, avec, s’il en est, une manière de mélancolie, l’envers de l’histoire contemporaine : le trafic d’armes (Nos fantastiques années fric), la corruption et le football (kop), la politique sécuritaire (Bien connu des services de police)…
DOA s’impose tant dans le thriller à l’américaine (Citoyens clandestins), auquel toutefois il sait donner un supplément d’âme, que dans le polar (Le serpent aux milles coupures) violent et un rien fajardien.
L’honorable société est leur rencontre.
Sur fond d’écoterrorisme, d’élection présidentielle (où, en effet, toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est fortuite…) et autour de l’industrie nucléaire, sont dévoilés de certains dessous : les collusions entre la politique et la finance, d’interlopes services de police et autres barbouzeries, les arrangements entre partis supposément opposés, l’abandon du bien public au profit d’entreprises privées… Soit, donc, la généalogie du pouvoir et des logiques de domination qui, sinon par des complots, passent, disons, par des manipulations et un sens de l’intérêt bien compris.

La construction est des mieux, tachycardique, en courts chapitres, sans superflu, tandis que le style (où l’on retrouve, semble-t-il, plus Manotti que DOA) est concis, économe, avec quelque chose, parfois, de pointilliste.
C’est évidemment aussi réussi qu’efficace. C’est efficace et, peut-être, pour être vétilleux, un problème. Est-il nécessaire pour éclairer, voire dénoncer les aléas de la modernité et de l’actualité, d’user de leurs tours : scènes montées « cut » qui peuvent rappeler celles de n’importe quelle série hollywoodienne ; amaigrissement stylistique qui peut rappeler un reportage, un documentaire, un rapport d’expertise.
On n’attend certes pas des périodes à la Guez de Balzac. On n’attend pas non plus que la sèche manière de J.P. Manchette soit à l’infini plus ou moins reproduite.
A force, beaucoup de (néo-)polars semblent composés dans les mêmes ateliers d’écriture.

 

Arnaud Bordes


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A propos de l'écrivain

DOA

DOA (Dead On Arrivals) : romancier et scénariste. Il est l’auteur de La ligne de sang, des Fous d’avril (prix des lecteurs Quais du Polar en 2005), de Citoyens clandestins (Grand Prix de littérature policière 2007), du Serpent aux mille coupures.

Dominique Manotti

Dominique Manotti : Historienne de formation, elle a un long passé de militante au sein de divers mouvements et syndicats. Elle publie son premier roman, Sombre sentier, en 1995.

"Nos fantastiques années fric" a été adapté au cinéma en 2009 sous le titre Une Affaire d’Etat.