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Diable rouge, Joe Lansdale

Ecrit par Yan Lespoux 13.09.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Polars, Roman, USA, Denoël

Diable Rouge (Devil Red), traduit de l’anglais (USA) par Bernard Blanc, 2013, 318 pages, 19,90 €

Ecrivain(s): Joe Lansdale Edition: Denoël

Diable rouge, Joe Lansdale

 

C’est en l’an 2000 que le duo de quadragénaires texans, Hap Collins, blanc démocrate et hétérosexuel, et Leonard Pine, noir républicain et homosexuel, ont débarqué à la Série Noire avec L’arbre à bouteilles, roman noir âpre, violent mais aussi bourré d’humour. Assez vite, après un deuxième volet avec un arrière-plan social assez développé (Le mambo des deux ours), Joe Lansdale a infléchi la trajectoire de sa série en choisissant de l’axer presque totalement sur le divertissement avec plus ou moins de réussite selon les volumes, ce qui explique sans doute en partie le choix de la série Noire de ne plus l’éditer après le très moyen Tsunami mexicain. Après un passage chez les éphémères éditions Outside (Vanilla Ride, 2010), les deux acolytes rebondissent donc chez Denoël et sa nouvelle collection, Sueurs Froides. Heureusement.

Septième et dernier en date des romans mettant en scène le duo le plus violemment déjanté de l’East Texas, Diable Rouge voit de nouveau Hap et Leonard aux prises avec un tueur dont ils ont tôt fait de s’apercevoir qu’il sème depuis quelque temps un nombre important de cadavres.

Embauchés par leur ami détective Marvin pour enquêter sur la mort du fils d’une cliente mécontente du travail de la police, ils mettent en effet une fois encore les pieds dans un drôle de panier de crabes.

Il y a donc un moment – depuis Bad Chili – que Joe Lansdale a laissé tomber l’arrière-plan social des romans de cette série pour en faire une œuvre de pur divertissement dans laquelle l’intrigue, toujours plus ou moins la même et toujours assez peu crédible, n’est là que pour permettre l’accumulation de scènes d’actions et de répliques amusantes. Un parti pris totalement assumé par l’auteur qui l’exprime même ici à travers une savoureuse réplique au deuxième degré :

« En cours de route, Leonard lança soudain :

– J’ai l’impression d’être dans un polar, mais sans policiers.

– C’est exactement ça ! m’exclamai-je.

Et on se tapa les poings ».

Équivalent littéraire du buddy movie, écrit par un auteur élevé au lait du cinéma de drive-in et descomic books, la série des aventures de Hap et Leonard trouve ici, après l’avoir un peu cherché quelques romans durant, son rythme de croisière. Sans surprise, Diable Rouge voit ainsi défiler tous les passages obligés mis en place dans les livres précédents : quelques ploucs locaux complètement débiles, des scènes de castagne sanglantes, des tueurs implacables, le running gag des couvre-chefs dont Leonard tient à s’affubler, du sexe cru, et des dialogues et descriptions jouant à merveille la partition de l’ironie et l’art de la chute :

« Marvin frappa à la porte et Mme Johnson nous ouvrit au bout d’un temps qui nous parut assez long pour qu’une nouvelle espèce ait eu le temps de se développer à partir d’une cellule unique. On aurait dit qu’on avait aspiré toute sa sève tellement elle était petite et ridée, mais une certaine dureté, dans ses yeux, indiquait que sa vie avait été riche en événements – dont certains avaient même pu être heureux. Sa joue droite était enflée et elle avait une main dans le plâtre ».

Creusant par ailleurs un peu plus les états d’âme d’un Hap toujours un peu gêné aux entournures par la violence dont il fait preuve en compagnie de son acolyte mais sans jamais se départir de son humour, Lansdale livre ici un roman de genre équilibré, certes peu propice à la réflexion de fond ou au lancement d’un débat sociologique, mais percutant et réjouissant.

 

Yan Lespoux

 


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A propos de l'écrivain

Joe Lansdale

 

Joe Lansdale, né en 1951 à Gladewater, Texas, accumule les petits boulots pour pouvoir se consacrer à l’écriture. Scénariste de bande-dessinée et de cinéma, écrivain touchant à la science-fiction, à l’horreur et au roman noir, il est honoré en 2001 du prestigieux prix Edgard Allan Poe du meilleur roman pour Les Marécages. Il est essentiellement connu en France pour ses romans noirs situés dans le Texas des années 1930 à nos jours et pour sa série de livres consacrée au duo d’enquêteurs amateurs Hap Collins et Leonard Pine.

 

A propos du rédacteur

Yan Lespoux

 

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Rédacteur

genres : roman noir, littérature américaine - histoire -

éditeurs suivis : Métailié, Seuil, Rivages, Gallimard.

Yan Lespoux, enseignant, docteur en histoire contemporaine.

Tient un blog consacré au roman noir et au polar (www.encoredunoir.com)