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Crossroads, Chapitre troisième, par Benjamin Hofmann (récit interactif)

13.06.16 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

Crossroads, Chapitre troisième, par Benjamin Hofmann (récit interactif)

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Julien, Français installé à Tokyo, a de plus en plus de difficultés à distinguer la réalité de la réalité virtuelle. Inspiré par Jacques le Fataliste et Person of Interest, par l’affaire Snowden et The Social Network, ce roman en cours d’écriture attend votre participation : avec Crossroads, le récit prend la direction que vous lui donnez.


Où notre héros trouve le moyen de se faire remarquer

Lecteur, vous me contrariez : c’est que j’entends vous parler de nouvelles technologies et vous passionner pour l’exploration d’un mystère, celui qui entoure l’étrange demande d’amitié reçue par Julien dans sa chambrine à Tokyo (pour ceux qui arriveraient en cours de route, je vous prie de passer par la case du chapitre I). De mon côté j’ai pris la chose à la façon Zola, me documentant de manière rigoureuse sur le Japon où je n’ai jamais mis les pieds, regardant longs-métrages et courtes vidéos et m’imprégnant de visions tokyoïtes grâce aux Petits portraits de l’aube de Michaël Ferrier dont la lecture m’a franchement enthousiasmé.

Au lieu de cela, vous exigez que je vous raconte les amours de Julien dans l’espace le plus rebattu des lettres françaises, cette capitale recouverte par tous les mots posés sur elle, pas une rue qui ne soit surchargée de phrases, pas un quartier-palimpseste qui ne vous fourre dans la tête ses insupportables réminiscences, avec tous ces hommes et toutes ces femmes qui y sont allés de leur poème ou de leur prose, il n’y a plus un centimètre de libre dans cette ville figée : les tableaux parisiens sont définitivement encadrés. Alors de l’air, lecteur, de l’air, la littérature française, ce n’est qu’en sortant de l’hexagone qu’elle se sauvera ! Diderot, à son époque, ne se serait pas laissé manipuler de la sorte et vous aurait longtemps fait attendre la satisfaction qu’il vous refusait. Mais de nos jours, plus personne ne jouit des atermoiements et chacun s’impatiente au premier signe delenteur : c’est donc sans tergiversations supplémentaires que j’obéis à vos ordres souverains.

Au bowling, donc, en compagnie d’Anoop, Julien se trouva fort désemparé. Les trois jeunes femmes que les deux compères auraient bien voulu rencontrer faisaient preuve d’une impressionnante maestria, abattant les quilles avec une précision de snipers que l’absorption de nombreux cocktails, accumulés sur cette table haute à quelques pas des pistes, ne semblait nullement entamer. Non seulement Julien craignait de partir avec sa boule chaque fois qu’il la lançait mais le soupçon – bien tardif, me direz-vous – que la jeune femme le reconnaisse pour l’individu qui lui tournait déjà autour à la gym commençait à le préoccuper : n’allait-elle pas lui prêter des desseins malhonnêtes et s’alarmer de sa présence, peut-être alerter la sécurité pour qu’il soit chassé séance tenante ? Telles étaient les pensées parasites qui le tourmentaient ce soir-là de sorte qu’il faisait bien triste mine à côté des belles amies qui trinquaient joyeusement.

Dans L’Idiot, on trouve cette scène qui se grave aussitôt dans la mémoire de tous les maladroits : à force de se répéter qu’il ne faut absolument rien endommager chez les hôtes importants qui le reçoivent, le prince Mychkine finit par briser un vase inestimable. Julien pensait à Dostoïevski chaque fois qu’il s’emparait d’une boule et quoiqu’il ne commît pas d’impairs majeurs, il attendait la catastrophe qui ne manquerait plus de se produire. Un premier incident aurait dû l’avertir de son imminence : dans un mouvement d’enthousiasme, Anoop recula à mesure que son projectile avançait vers la cible, écartant les bras et heurtant du même coup Julien qui regardait ailleurs, on se doute dans quelle direction. Notre héros se frotta le nez en vérifiant que la collision dont il avait été victime était restée sans témoins : heureusement, Léa s’illustrait au même moment par un exploit supplémentaire dont ses compagnes de jeu la félicitaient. Afin de reprendre contenance, Julien se prépara à rentrer en piste.

Hélas, l’inconcevable maladresse dont il fit preuve quelques instants plus tard aura de la peine à vous sembler crédible. Et pourtant, il n’en demeure pas moins qu’après une prise d’élan et une course résolue, il propulsa l’énorme boule, non pas à destination de la cible qu’il se proposait d’atteindre, mais dans la direction inverse qu’elle emprunta jusqu’à rencontrer le gros orteil d’Anoop qui poussa un hurlement, leva les mains au ciel comme s’il entamait une invocation, puis sautilla sur son dernier pied valide tout en proférant des imprécations dans un sabir formé d’anglais et de bengali tandis que l’ensemble des clients cherchait des yeux le responsable de cet accident grotesque.

Les bras ballants, Julien gardait la bouche ouverte. Léa le regardait avec un air où la réprobation le disputait au mépris.

Fin du troisième chapitre

 

Voie 1. Un message apparaît sur l’écran de Julien. L’inconnu – l’inconnue ? – qui porte le même nom que notre héros et dont la photo de profil sur le réseau social est la copie de la sienne entre en communication avec lui. Dans ce chapitre nous retrouverons Tokyo et le mystère auquel je tente – vainement ? – de vous intéresser.

Voie 2. On vous avait promis du sang et des larmes, en voici pour la première fois. Blessé par ce projectile, Anoop exige d’aller à l’hôpital. Julien, qui n’est pas à un ridicule près, déclare en balbutiant qu’il n’a pas son permis. C’est alors que Léa décide d’intervenir.

Voie 3. Pendant ce temps-là, dans la ville d’Arequipa.

 

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Benjamin Hoffmann

 

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  • Vu : 1979

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