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Copeaux à Bardo(s)…

Ecrit par Jean-Claude Goiri 01.04.15 dans La Une CED, Ecriture, Côté actualité

Copeaux à Bardo(s)…

Ou

Celui qui n’a qu’un œil (pour viser) ne voit pas le relief.

 

… l’inculture se cultive en perçant la rétine – avec une balle c’est mieux sur le mur le sang dérange mieux les fleurs de la tapisserie – de tout un peuple adossé à ses grands murs porteurs – il faut voir comme ils tiennent depuis la nuit des temps – qu’il dressa de ses mains les doigts dans les cheveux – les cheveux les mots récupèrent tout de l’Homme l’incertain le sûr le nocif le tangible – pour démêler l’étincelle qu’il voyait dans le noir – l’obscurité est terrible car on y voit la moindre lumière – et en sculpter le bruit pour comprendre un peu tout – traverses plaintes briques tout lui sert de support – c’est que l’art lui promet qu’il n’est pas seul au monde – les oiseaux chantent bien avant l’aube car sinon le jour ne se lèverait jamais – qu’il attend le regard de celui qui attend peut-être en plein jour mais souvent dans la nuit – la nuit est faite de larges rétines suspendues aux lèvres du monde – quand s’enflamme soudain l’artefact l’esprit – qui n’a pas de limites ce sont les choses qui en ont – se construit des collines pour pouvoir y grimper – c’est l’ascension qui compte ce n’est pas le sommet – s’éloignant ainsi de la terreur des plaines où dans le plat règnent à l’aveugle les rétines de ceux-là qui cultivent l’inculture…

… ils font place nette pour inoculer le regard – celui qui n’a qu’un œil ne voit pas le relief – où le rien est une arme à rabaisser la masse – elle ne fait que la moitié du geste l’autre part est pour ceux-là qui la mènent – lui enlever tout passé tout espoir de pourvoir au jour – comme un drapeau le jour tenu par une seule main – où le vide est si plein que l’art est nécessaire – puisque l’art c’est l’autre où chacun se voit – à se construire un être où tout un peuple se reflète – juste avant l’apparition des miroirs l’Homme se reflétait dans l’eau claire et mouvante – juste avant de se dire qu’il faut créer une place où le regard se débrouille…

 

… autant de morts sont vivants dans une seule pierre sculptée – autant de mains tendues pour une révolte qui élève – que dans la mémoire de tous les Hommes rassemblés – tous des singuliers du vivant car il n’y a pas de commun des mortels – autour de la pierre pour marquer au burin – le moindre coup résonne de toutes les langues qu’il faut pour faire parler la terre – tout ce peuple debout qu’il y a en chacun – qui déborde toujours puisque solitude n’est que conscience des autres – qui depuis toujours croit en l’Art comme en Dieu – juste après l’invention des paupières l’Homme décida lui-même de ce qui l’obscurcirait – pour assurer ses avants et faire un pas de plus au risque de tomber dans les lueurs du jour – la lumière c’est terrible on n’y voit pas l’obscur – autant de vivants sont morts par une seule balle bien lisse…

 

… marcher jusqu’au bout du crâne

tout en lèvres

jamais rien jamais tout

sonner juste pour sonner

l’Art

à cloche-langue sans peine

sur un pied pour

juste rester debout…

 

… langue froncée sourcils morts

visage sans vie jamais vu

les ans hasardent par là

tout ce corps raidissant

cerveau cuit cerné fuit

vers l’enfance amère morte

frange inculte sur les yeux…

 

… mentir entièrement

de la tête aux pieds toujours punir

celui qui n’écoute celui qui ne voit

à paroles tordues tout son corps se voue

aux gestes complexes son âme se noue

rien de simple en tête tout est pli et repli

à se demander même si un jour vraiment

son corps est passé par les lèvres du monde…

 

… au poids des mots au jugé

l’illusion humaine est si forte

que j’ai fini par y croire

au poids des mots

de l’humain

qui tire à vue sans y croire

à l’humain

du poids des mots

démonstration

du poids des armes sur les Hommes les choses

d’une vérité qu’ils détiennent

levant le poème religieux

le croire et le pouvoir sont si lourds

que ce sont les seuls poings qu’ils tiennent

mais en face

d’autres poings s’élèvent pour dire

la poésie n’est pas l’acte d’énoncer une vérité

mais plutôt celui d’en supposer plusieurs…

 

Jean-Claude Goiri

 


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A propos du rédacteur

Jean-Claude Goiri

 

Jean-Claude Goiri est investi dans l'écriture depuis 2002. Après avoir créé la revue Matulu, il a animé des ateliers d'écriture, participé à de nombreuses revues et à des actions comme des performances, des chroniques radios ou des travaux avec des artistes... Il s'occupe actuellement, entre autres activités, de la revue FPM-Festival Permanent des Mots.

blog personnel http://commentcest.unblog.fr

site de la revue http://fpm-festival-permanent-des-mots.webnode.fr