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Chroniques régulières

Amours, amis, lectures au temps de la Securitate

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Vendredi, 28 Octobre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Mon cas n’a rien d’exceptionnel. Je fais partie des millions de Roumains qui, pendant la dictature communiste, ont été surveillés par les services secrets, la sinistre Securitate. À l’époque on savait que dans chaque entreprise, institution ou même dans chaque immeuble d’habitation il y avait des informateurs, mais on ignorait l’ampleur de cette toile, que des araignées tenaces tissaient autour de nous. En roumain, le délateur est désigné par le terme familier turnator, du verbe a turna (verser), ce qui prête à de nombreux jeux de mots et calembours. Car en effet, ils « versaient » leur « cru » de délations, parfois vraies, parfois fantaisistes, dans l’entonnoir du securist tout-puissant, de l’Officier invisible.

Pour moi, tout avait commencé très tôt. Etudiante à Iasi, j’avais 21 ans lorsqu’on m’avait sélectionnée pour un stage linguistique d’été à l’Université de Grenoble. La bourse était accordée par la France aux meilleurs étudiants roumains et tous les frais étaient supportés par l’Ambassade de Bucarest. J’avais commencé à remplir les formulaires et à préparer les photos…

Mais voilà qu’entre ce voyage en France – source de rêves et de fantasmes pour tout étudiant en Lettres – et son accomplissement, la Securitate s’est interposée. Un jour de la fin mai 1976 (je ne peux pas dire : « un beau jour » !), un jeune officier en civil est venu me chercher au foyer où j’habitais, Résidence Universitaire « Pouchkine ».

Une Américaine en France pendant l'occupation : Gertrude Stein

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Jeudi, 20 Octobre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

"Les guerres que j'ai vues"


Attirée, comme beaucoup d’autres âmes fantaisistes par l’effervescence de la vie culturelle parisienne pendant les premières décennies du XXème siècle, Gertrude Stein fait figure de catalyseur dans les cercles artistiques qu’elle fréquente. Amie des futurs grands noms de la peinture d’avant-garde (Matisse, Picasso, Derain, Laurencin, Bonnard), dont elle achète les toiles quand les auteurs sont encore des inconnus, l’Américaine qui tient salon rue de Fleurus s’intéresse à tout ce qui renouvelle l’art en cette période, sur les deux bords de l’Atlantique : le cubisme ; la littérature expérimentale ; le renouvellement du théâtre.

Plus d’un siècle après l’arrivée de « Gerty » en France, les Editions Christian Bourgois proposent pour la rentrée 2011 deux volumes d’écrits divers de cette femme qui a eu une influence marquante dans les milieux artistiques de son époque et même après : Lectures en Amérique (238 p., traduit de l’anglais et présenté par Claude Grimal) ; Les guerres que j’ai vues (315 p., traduit par R. W. Seillère), textes qui se joignent aux autres publiés auparavant par le même éditeur, à savoir : Du sang sur le sol de la salle à manger, 1984 et Picasso, 2006.

Souffles 9 - Comment aimer la lecture ?

Ecrit par Amin Zaoui , le Mardi, 18 Octobre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Souffles in "Liberté"

… Un jeune bien branché m’a posé la question suivante : que dois-je faire pour aimer la lecture ? Une question problématique, embarrassante et dérangeante. Je ne possède pas de réponse, ni pédagogique ni psychologique. En revanche, je lui ai raconté mon cheminement avec les livres et la lecture. À mes yeux, on n’enseigne pas l’amour, ni celui des femmes ni celui des livres, comme on enseigne les mathématiques. Mais on tombe amoureux des femmes et des livres. En réponse à la question : que dois-je faire pour aimer la lecture ? Je me suis interrogé : quand et comment suis-je arrivé à la lecture imaginative et culturelle. Quand et comment suis-je tombé amoureux !? La réponse à cette question n’est pas non plus claire dans ma tête. Certes, cela s’est passé bien longtemps avant d’entamer le chemin de l’écriture. D’ailleurs, l’écriture n’est que l’autre face de la lecture. Durant toute ma vie, scolaire et universitaire, il est sûr que ce que j’ai appris des bibliothèques est plus important que tout ce que j’ai ramassé, pendant de longues années, des bancs d’écoles et d’amphis. Une bonne bibliothèque est meilleure qu’une école. Là où je passais, là où je séjournais, mes lieux préférés étaient les bibliothèques. J’aime les anciennes bibliothèques, avec fonds classiques, ornés de fascinantes éditions marquées par le charme de leurs couvertures artisanales. Les bibliothèques ont leurs odeurs et les bibliothécaires aussi.

Chronique du sel et du soufre (Octobre 2011)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Lundi, 10 Octobre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

MIEUX QUE LE GONCOURT : LE LIVRE ROUGE DE JUNG !

Quelle rentrée littéraire escarpée ! C’est à n’y pas croire. On annonce un peu partout, et pas seulement dans les salons mondains, la fin du roman, de la poésie, de la polémique, du monde ! Et pourtant, je reste résistant et optimiste, je suis encore heureux de lire, d’écrire, de méditer, d’aimer et de sourire, à en essorer le pathos conformiste et redondant  de l’écologie finale.

Hantise du réchauffement climatique, dogmes obligatoires concernant la fin annoncée de la planète… Sans doute l’heure est-elle venue de lutter contre cette rhétorique de la  Sainte Trouille obligatoire ? Dès lors,  l’essai insolent de Pascal Bruckner (1) qui vient de paraître retient mon enthousiasme  quand il rappelle à bon escient  que « la culture de la peur a toujours constitué l’instrument favori des dictatures » !

C’est ainsi, je refuse d’être un mélancolique incurable. Je n’hésite pas à rejeter le catastrophisme ambiant, quitte à choquer le Parti verdâtre des Eva Joly de la mort programmée. Je ne veux pas adhérer au Mouvement pour l’extinction volontaire de l’humanité, rassemblement d’individus qui ont décidé de ne pas se reproduire. J’attends en revanche que mon fils fasse de moi, un de ces quatre, un grand-père heureux.

Chemins de lectures (7) Octobre 2011 - Ne pas aimer JD. Salinger ?

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 08 Octobre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

 

Comment peut-on ne pas aimer J. D. Salinger ?

 

Je sens bien que ce billet n’est pas « littérairement correct ». Le bon usage veut que l’on joigne sa voix au concert de louanges quand une grande figure est universellement reconnue. Plus encore quand il n’y a pas longtemps qu’elle s’est éteinte. C’est ce qui est convenable, même quand on renifle, pour certains, la légèreté du propos ou la méconnaissance réelle de l’oeuvre à mille mètres d’altitude.

Alors vous pensez, quand c’est un écrivain porte-drapeau de toute une époque, d’une génération, il faut un sacré culot pour émettre la moindre dissonance. Ce serait d’un tel mauvais goût ! Non mon grand, tu ne vas pas faire ça !

Bon. Je le fais quand même, bien sûr, sinon je ne serais pas là à vous entretenir. Mais je le fais avec le plus grand respect, cela va de soi, pour tous ceux qui admirent (voire adulent) Jerome David Salinger, et ils sont nombreux, à en juger par la symphonie laudative régulière dont il est l’objet à longueur d’articles.