Identification

Chroniques régulières

Naguib Mahfouz poursuivi dans sa tombe !

Ecrit par Amin Zaoui , le Lundi, 26 Décembre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, La Une CED

"Souffles" in "Liberté"

 

“Lorsque la politique tombe, le régime chute. Mais lorsque la culture s’effondre, c’est tout le pays qui s’écroule”

Kassem Hawal.


Même si (houb) amour est le mot le plus répété, le plus défendu, le plus célébré dans les écrits romanesques et narratifs de Naguib Mahfouz, même si l’écrivain est entre de bonnes mains, celles du Bon Dieu, les salafistes eux n’ont pas pardonné au romancier. En ces jours où ils refont surface en égypte, et à l’occasion de son centenaire, Naguib Mahfouz est poursuivi jusque dans sa tombe. Inquiété dans sa quiétude éternelle !

En 1959, cheikh Mohamed Al Ghazali, alors fonctionnaire au ministère égyptien des Habous et des affaires islamiques chargé du dossier de la censure littéraire et artistique, a adressé un brûlant rapport sous forme d’une fatwa au président, le Raïs Nasser, lui demandant  l’interdiction de toute publication du roman « Awlad Haretna » (Les enfants de Médine) de Naguib Mahfouz. Depuis, le roman demeure, officiellement, interdit de publication dans son pays. Et le romancier menacé dans sa vie personnelle jusqu’à sa mort le 30 août 2006.

La Mère Michel a lu (5) la beauté et la douleur des combats de Peter Englund

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 22 Décembre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

La beauté et la douleur des combats de Peter Englund

Une nouvelle histoire de la Première Guerre mondiale. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne, éd. Denoël, 2011 [Titre original : Stridens Skönhet och Sorg, Éd. Atlantis, Stockholm], 556 pp., avec illustrations photographiques, 27 €


LA GUERRE N’EST PAS UN ART D’AGRÉMENT


« Les expériences personnelles de ce qu’on appelle la guerre sont au mieux l’évocation au réveil des souvenirs d’un rêve confus et ahurissant, îles perdues dans le brouillard des mers. Quelques incidents personnels se détachent un peu plus clairement, tirant leur clarté de la chaleur de la chose vécue. Puis même les incidents comportant le plus grand danger deviennent banals, jusqu’à ce que les jours semblent s’écouler sans rien de notable que la proximité constante de la mort ».

Edward Mousley, artilleur.

Comment devenir écrivain ?

Ecrit par Amin Zaoui , le Jeudi, 15 Décembre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

"Souffles" in "Liberté"

 

“Les tyrans savent qu’il y a dans l’œuvre d’art une force d’émancipation qui n’est mystérieuse que pour qui n’en n’ont pas le culte ; chaque grande œuvre rend plus admirable et plus riche la force humaine, voilà tout son secret."

(Albert Camus, extrait du discours de Suède)


Les écoles de formation d’écrivains me font rire. Comme celles pour la formation des peintres. Les ateliers d’écriture, à mes yeux, ressemblent à un cirque dont les numéros des comédiens sont ratés ! Dans l’écrivain cohabitent le feu et l’eau, l’ange et le démon. Ils sont frères. Ils tètent au même sein ! Le même lait qui n’a pas uniquement cette couleur : Blanche. Il est aussi noir, vert, rouge… il peut être aussi sans couleur ! Y a-t-il une recette magique pour devenir écrivain ? Un grand écrivain à l’image de Tolstoï, Haruki Murakami, Mohamed Dib ou Naguib Mahfouz ! Peut-on découvrir une ordonnance pour devenir un bon écrivain, comme celle d’un  dermatologue pour combattre la gale ou la démangeaison ?

Chronique du sel et du soufre (décembre 2011)

Ecrit par Jean-Luc Maxence , le Mardi, 13 Décembre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Le père Noël, la TVA et le Castor heureux

 

Le père Noël de l’édition, en cette fin d’année, semble décidément une ordure ! Sous prétexte de respecter une rigueur économique salvatrice, il vient de nous proposer une augmentation de la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée) sur les livres, de 5,5 % à 7%, sans rougir du bonnet ! Certes, le Sénat vient de repousser l’échéance, mais je crains que cela ne s’achève mal devant l’Assemblée Nationale… Les syndicats de libraire et les acheteurs ont raison de protester, ne serait-ce que pour la beauté du geste !

Pendant ce temps-là, avec l’air de ne pas y toucher, le Prix Nobel de littérature 2011 vient d’être décerné au poète Suédois Tomas Tranströmer, mettant soudain en pleine lumière des vitrines d’un trop modeste éditeur qui, depuis plusieurs décennies, a supplanté, à mon avis, par ses choix inspirés en poésie, les éditions Gallimard ou autres (1).

Tranströmer, nous explique Renaud Ego dans une superbe postface, se présente tel « un veilleur, un guetteur muni seulement d’une torche dans l’obscurité » du monde… Il a un pouvoir infini de création verbale pour exprimer ses profondes inquiétudes métaphysiques. Il sait que « Doucement, la mort fait remonter la lumière par le bas, par le sol » (sic, p. 222). Il n’ignore pas davantage que « Le loup est là, ami de toutes les heures » (p. 143).

Les fils et les filles du Décret

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Lundi, 05 Décembre 2011. , dans Chroniques régulières, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Enfance et maternité au temps de la Securitate

J'avais dix ans en 1965, quand Ceausescu a pris le pouvoir. Cet été-là, toute la famille rentrait des vacances passées à Sinaïa, dans les Carpates Méridionales. Le voyage en train depuis cette coquette ville de villégiature jusqu'à Suceava me semblait une éternité, mais mon père savait occuper mon temps et celui de mon frère par la lecture, qui avait déjà commencé à me passionner. Pendant les deux semaines j'avais épuisé Robinson, Winnetou, de même que tous les contes de Petre Ispirescu (1) édités dans la belle collection « Biblioteca pentru toti » (2), dont je garde encore pas mal de volumes, jaunis par le temps.

Me voilà donc dans ce compartiment de première, aux sièges en velours bleu (mes parents, cheminots, avaient droit à douze voyages gratuits par an, leur famille aussi), en train de lire - pour faire passer le temps - toute la première page de Scanteia, (3) l'officiel du parti unique. C'était un interminable article relatant dans la langue de bois de l'époque, dont je ne comprenais pas grand-chose, la cérémonie par laquelle ce personnage avait pris les rênes du pays. J'aurais voulu poser des questions à mon père au sujet de tel ou tel terme, mais tout à coup il fut pris d'une somnolence terrible et cacha sa tête derrière sa veste accrochée à côté de la fenêtre. Les autres voyageurs s'endormirent eux aussi, soudain très fatigués par le trajet, et ma voix résonna toute seule dans ce compartiment de plus en plus silencieux.