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Butcher’s crossing, John Williams

Ecrit par Didier Bazy 18.11.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA

Butcher’s crossing, éd. Piranha, octobre 2016, trad. anglais US, Jessica Shapiro, 296 pages, 19 €

Ecrivain(s): John Williams

Butcher’s crossing, John Williams

 

A André Angot

 

Quelle bonne idée de garder le titre d’un livre dans sa version originale non sous-titrée ! C’est vrai qu’on ne traduit pas les noms propres. Mais pas besoin d’être un expert en langue américaine pour penser à la Traversée du boucher, au Passage de l’écorcheur ou un truc du genre. Et du genre givre et sang.

Un roman qui commence par deux longues citations de RW Emerson et H. Melville ne peut pas être complètement mauvais. Ça commence vraiment dès le début – donc au Milieu – avec un jeune gars Will Andrews. Il débarque à Butcher’s crossing, village fin XIXème, Kansas. Il a fait quelques années à Harvard, comme Thoreau. Ses motivations ? On n’en sait rien. C’est un des fils du récit. L’Ouest, la Nature avec majuscule, tout ça.

Que va-t-il trouver ? Un chasseur de bisons, un vrai, un fou. Un associé prédicateur avec un moignon à la place de la main. Un écorcheur très professionnel. Une putain heureuse de son sort. Voilà de quoi résoudre la quadrature du cercle tendre du jeune Will. Ici, et tout le long, pas de sentiments. Des faits, des gestes, des paroles, des signes, des événements. Les trappeurs se passent de fioritures. Le style de John Williams l’atteste. L’absence d’expression sentimentale renforce toutes les sensations et augmente même la pensée. Un exemple, après avoir rencontré Francine, péripatéticienne épanouie et, pour Will, gratuite : « Il ne pensait plus à Francine ni à ce qui venait de se passer dans la chambre… Il pensait à ce qu’il ferait en attendant et se demanda comment compresser ces jours en un minuscule fragment de temps qu’il pourrait ensuite jeter, tout simplement ». Tout est dit. Direction le Colorado. Go West young man. Tout simplement. Ici, on lit comme on regarde un film.

Cascade et séquence s’enchaînent et scotchent le lecteur. On peut pas arrêter. Un rien devient tout. L’effet papillon dans un flocon de neige. Le froid, l’horreur, les idées bizarres et ce putain de blizzard. Pas d’abattoir industriel de masse, non, pas encore. La nécessité de la survie des hommes qui tuent des bisons. Des hommes qui bossent, qui font du business pour bouffer. C’est tout. La fin d’un monde. Mais ça, c’est pour les historiens de l’Amérique.

La fin de ce monde, c’est le commencement du monde du jeune Will. Il va traverser les boucheries, bouffer le foie cru des bisons, couler des balles de plomb, affûter les couteaux, avoir soif, faim, crever de chaud, crever de froid, voir crever des vies, survivre et devenir bison, devenir sauvage, devenir et éternellement retourner avec les saisons, les ruisseaux, des déserts, revenir de longs mois plus tard sans avoir pu se laver, puant la pourriture et le sang séché de bison. C’est une façon de démarrer une vie d’homme libre.

La chasse sera miraculeuse, joyeuse même. N’était ce tronc d’arbre emporté par un torrent, emportant l’important. Est-ce si important ? De retour à Butcher’s crossing, tout a changé. La fourrure des bisons n’est plus de mode en ville. Le vieux chasseur pète un câble. Le prédicateur au moignon délire avec Dieu. Le troisième est oublié. Will Andrews ne finira pas Harvard.

 

Didier Bazy


http://www.piranha.fr/auteur/williams_john

 


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A propos de l'écrivain

John Williams

 

Originaire du Texas, John Williams (1922-1994) est l’auteur de deux recueils de poésie et de trois romans fascinants : Butcher’s Crossing, Stoner et Augustus, couronné du National Book Award. Tombée dans l’oubli pendant presque quarante ans, son œuvre romanesque a été redécouverte dans les années 2000 grâce à la New York Review of Books aux États-Unis et à Anna Gavalda en France. Depuis, Butcher’s Crossing a été traduit dans une quinzaine de langues.

 

A propos du rédacteur

Didier Bazy

 

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Co-fondateur de La Soeur de l’Ange (Ed. Hermann)

Co-fondateur de la Cause Littéraire

Editeur du 1er texte de HD Thoreau en Français

– Préfacier chez Pocket (Molière, Corneille)

– Deleuze et de Cuse (Collectif) Aux sources de la pensée de Deleuze. Vrin, 2005) dir : Stéfan Leclercq

– Après nous vivez (G S Editions, 2007)

– Brûle-gueule (Ed Atlantique, 2010) préface de Michel Host

– Thoreau, Ecrits de jeunesse (bilingue. Ed de Londres, 2012) préface de Michel Granger

L’ami de Magellan (Belin Jeunesse, 2013) sélectionné 2014 prix roman historique jeunesse

– Cendres    (Publie.net, 2015)

– Traitements de textes ( Ed. de Londres 2015 )
– Explorateurs, qui êtes vous ? (Ed. Bulles de savon 2016)

Sélection 2018 prix Michel Tournier Jeunesse

– Savants, qui êtes-vous ? ( Ed. Bulles de savon, diff-distr Flammarion )2017

à paraître 2018

– Péguy internel