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Bourlinguer de Blaise Cendrars, adapté et mis en scène par Darius Peyamiras

Ecrit par Valérie Debieux 15.03.14 dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

Bourlinguer de Blaise Cendrars, adapté et mis en scène par Darius Peyamiras

 

Bourlinguer de Blaise Cendrars, récits extraordinaires et fantastiques interprétés par Jean-Quentin Châtelain, adaptés et mis en scène par Darius Peyamiras

 

« On naît au hasard, on est tout à coup dans un berceau, on ne sait pas d’où l’on vient, on ne sait pas où l’on est, on vous apprend ça par la suite. Eh bien moi j’ai toujours vécu comme ça. Chaque fois que je me suis trouvé quelque part à l’étranger, aux antipodes, n’importe où en train de bourlinguer, je me demandais : mon pauvre petit vieux, qu’est ce que tu fous là ? D’où viens-tu ? Pourquoi es-tu dans ce pays-ci et pas dans un autre ? Exactement comme si je venais de naître ».

Blaise Cendrars, Interview à Radio Lausanne en 1949

« Quand je regardais ma mère travailler la glaise presque à l’aveugle, comme dans un second monde, cela me fascinait. Je retrouve cet état de grâce dans les monologues où il y a un rapport au public qui est proche de l’hypnose. Dans le parcours d’au moins une heure que dure un monologue naît une forme de transe que j’aime particulièrement. […] Le texte c’est comme un fil tendu où on tente de garder son équilibre, comme un funambule. C’est justement le plaisir du vide, de cette solitude sur le fil qui donne la beauté du voyage ».

Jean-Quentin Châtelain

 

« Ce récit, par ses différents aspects, est un voyage dans le Naples du début du siècle, rempli de sonorités, d’odeurs, de musique, de misère et de richesse. C’est un voyage intérieur, subjectif, donc véridique. Par la force de ses évocations, il nous parle de l’histoire des humains, du grand théâtre du monde ».

Darius Peyamiras

 

Blaise Cendrars, poète de l’esprit nouveau, englobé par les « modernistes », savait photographier un lieu, capter l’instant et retranscrire images, sons et odeurs dans un texte. Aussi, se fondre dans un récit de Cendrars, c’est à chaque fois ouvrir une porte sur un monde différent avec ses femmes, ses enfants, ses ports, ses voyages, ses imprévus. Bourlinguer ou tanguer sur une coque de noix. Bourlinguer ou avancer péniblement. Sans succès ni profit. Bourlinguer ou rouler sa bosse à travers le monde. Parmi les onze récits qui constituent Bourlinguer, le metteur en scène Darius Peyamiras a choisi Gênes, qui retrace l’enfance, et s’est arrêté sur la première partie qui se passe à Naples. L’adaptation est une délicieuse réussite et Jean-Quentin Châtelain restitue parfaitement le « cante jondo » de Blaise Cendrars, avec justesse, virtuosité, dans un phrasé qui lui est propre. Immobile sur scène pendant près de quatre-vingt minutes, il se met en contact avec le passé, avec réceptivité et attention.

L’écriture de Cendrars, à la fois inventive, détaillée, anecdotique et réfléchie, revient sur sa vision de la mort, et la peur en est le fil conducteur. Homme d’action et aventurier épris de la vie, Cendrars a pourtant bien plus bourlingué dans les livres et les rêves que sur les mers du monde. Tout comme Bouvier ou Walser, écrivains du voyage, Cendrars écrit avec musicalité et nous conduit vers une profonde réflexion sur l’aventure humaine. Son imaginaire est son royaume.

Quand il sort d’un spectacle comme celui-ci, le spectateur est séduit à jamais par cette belle littérature. Jean-Quentin Châtelain, passé maître dans l’art du monologue et de la transmission du verbe, et ce depuis près de trente ans, incarne un Cendrars sublime, et son credo est proche de l’écrivain : « Je suis un itinérant, je vais de port en port ».

Le spectacle qui vient de se jouer au Théâtre Le Poche, à Genève sera également donné au Théâtre de Vidy, à Lausanne, et ce, jusqu’au 23 mars prochain. A noter qu’il « bourlinguera » à son tour à travers la francophonie : Belgique, France, Suisse romande et Canada. Un grand texte servi par un grand acteur.

 

Valérie Debieux

 


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A propos du rédacteur

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com