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Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger

11.04.12 dans La Brune (Le Rouergue), La Une Livres, Recensions, Les Livres, Roman

Bon rétablissement, mars 2012, 208 p. 18,50 €

Ecrivain(s): Marie-Sabine Roger Edition: La Brune (Le Rouergue)

Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger

A l’hôpital, les journées ont un « compte d’heures dix fois supérieur aux journées du dehors », et les nuits sont « longues comme des cours de philo ». Jean-Pierre Fabre, miraculé après être tombé dans la Seine, repêché par un inconnu sans savoir véritablement comment il s’est retrouvé dans l’eau, est « le bassin de la chambre 28 » dans ce lieu où les patients sont qualifiés par leurs maladies. De sa chambre, « devenue le salon où l’on cause », de son lit où il est cloué, il dépeint un quotidien dont il chasse l’ennui à grands coups d’humour.


« Il entre, dit bonjour, me demande :

– Je ne vous dérange pas trop ?

Si je lui réponds que j’allais justement sortir, ça le fait rire » (page 32).


D’humour, et de lucidité. Car la situation n’est pas des plus réjouissantes, et les circonstances sont l’occasion pour Jean-Pierre, qui entreprend de rédiger ses mémoires, de faire le point sur les 67 années qui viennent de s’écouler.

« L’espoir, c’est bon pour les rêveurs et les adolescents. Moi, j’ai des souvenirs. A mon âge, c’est plus sûr qu’avoir des ambitions ». « A force de tout faire pour éviter les “mauvaises surprises”, on finit par rater les bonnes, aussi ». « D’après moi, on peut juger de la santé d’une société à la place qu’elle donne aux jeunes et aux vieux ».

Autour du héros-narrateur circulent des personnages truculents et attachants, notamment cette adolescente grasse qui vient chaque jour utiliser l’ordinateur de Jean-Pierre comme si c’était son dû. Liens, affinités, sentiments naissent n’importe où, y compris sur le terreau supposé aride de la solitude et du veuvage, y compris entre les murs aseptisés d’une chambre d’hôpital. Et ces liens enserrent petit à petit le lecteur qui, victime consentante, se laisse captiver avec délectation.

Au fil des pages se dessine aussi une réflexion beaucoup plus grave sur la place réservée par la société aux représentants du troisième voire du quatrième âge, sur la solitude qui accompagne la vieillesse, sur la dépendance, et sur la mort.


« La mort nous fait penser à la mort […] Celle des autres nous ramène à la nôtre, à celle de nos proches, à l’éventualité de notre disparition. Cette “éventualité” qui est notre seule certitude, mais que l’on traite avec un curieux scepticisme, comme si on pouvait se permettre d’en douter. On vit tous en sachant qu’on marche vers la mort. On fait comme si de rien n’était » (page 115).


Situer l’intégralité d’un roman dans un contexte hospitalier, dans le cadre restreint d’une chambre d’hôpital, et parvenir à un livre tendre, émouvant, profond et surtout extrêmement drôle… Quel talent !

Ce huis-clos qui ne manque pas de densité se fait friandise grâce à la plume farceuse et jamais facile de l’auteur.

Et en deux cents pages, Marie-Sabine Roger démontre que l’humour peut naître de toutes les situations, même celles qui prêtent le moins à rire.

« On peut bien se marrer : on est encore en vie ».


Sophie Adriansen


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A propos de l'écrivain

Marie-Sabine Roger

Née en 1957 près de Bordeaux, Marie-Sabine Roger vit entre la France et Madagascar. Depuis dix ans, elle se consacre entièrement à l’écriture. Son travail est très reconnu en édition jeunesse, où elle a publié une centaine de textes, souvent primés. On peut notamment citer Attention Fragiles, au Seuil, Une poignée d’argile, et Le quatrième soupirail, aux Éditions Thierry Magnier. Pour les adultes, elle a notamment publié un roman chez Grasset, Un simple viol en 2004 et des nouvelles chez Thierry Magnier, La théorie du chien perché (2003) et Les encombrants (2007). Aux Editions du Rouergue : La tête en friche (2008), Les Tartines au kétcheupe (2010), Vivement l’avenir (2010), Bon rétablissement (2012).