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Billets d'absence, Jean-Jacques Nuel

Ecrit par Martine L. Petauton 20.10.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Nouvelles, Poésie, Le pont du change

Billets d'absence, septembre 2015, 70 p. 12 €

Ecrivain(s): Jean-Jacques Nuel Edition: Le pont du change

Billets d'absence, Jean-Jacques Nuel

 

Il  y avait eu ce «  Courts métrages » en 2013, dont on a dit, ici, le bien qu'on en pensait. C'était déjà un inclassable réjouissant du Monsieur qui allait d'un pas de promenade attentive et fantaisiste vers un âge certain ; le sien, le nôtre.

Texte court, voilà sa marque de fabrique à Jean-Jacques Nuel. Quelque chose qui hésite entre une immense histoire qui n'en finirait pas ; type «  il était une fois » («  la station balnéaire était déserte en décembre ; les villas de la route de la corniche avaient fermé leurs volets depuis longtemps ; sur la plage en contre bas venaient s'échouer les vagues grises sous un ciel sombre annonçant la neige. Nous étions les deux seuls clients de l'hôtel des flots bleus. »). fin de l'affaire, intitulée « l'arrière saison », juste 9 lignes après. Un bronzai parfaitement réussi, donc – feuilles minuscules mais incroyablement complètes, fleurs nécessitant la loupe, embaumant comme des grandes ; tronc noueux et tordu, mimant l'expérience d'un temps immémorial. Oui, finalement, bronzai de bouts de  poèmes, de maximes philosophiques,  de réflexions de tous les jours à la sauce poétique. Un petit et dense viatique pour... quand on est perplexe-grave, que le rire est l'ultime sauveur, que ma foi, cette pirouette qui n'en a pas l'air, vaut bâton de pèlerin pour ce qui reste de chemin...

« Billets d'absence » et son lot d'histoires du fond des âges, qu'on lira comme on conterait : « un jeune poète misérable se présenta devant la cour de Chine... ». Ce goût marqué pour l' absurde, qui émaille souvent les textes courts ou plus longs de Nuel : « un matin, Jean-Jacques se réveilla dans les deux lits jumeaux à la fois. Le trait d'union de son prénom avait glissé entre les deux matelas... parmi les moutons de poussière, et sa taille minuscule … ne faciliterait pas les recherches. », posant, de ci, de là, sans en avoir ni la prétention, ni l'air, du politique, du vrai, en quantité, puisque le vol de cet insecte minuscule se fait au-dessus d'une société et de décideurs disséqués à belles dents, par son étrange loupe. Nous  hésitons souvent dans notre quête, de sourires ou de larmes au bord, butinant dans un désordre de conte de fée, au gré des pages ; là, ce serait bien pour lire aux petits le soir au lit ; ici, c'est plutôt à cet ami, malade, que je pense ; là, , pile un flash de souvenirs perso revient buter au bord de la mémoire... un livre pour personne et tous, ceux qui - selon Régine Detambel - soignent.   Mort toutefois, plus présente ici que dans le précédent opus ; quelques saisons de feuilles les séparent, et danse parfois une mélancolie palpable : ce «  Décembre pour tous » où – réalité bien plus que rêve – l'auteur de la conférence jauge l'âge moyen de sa salle : « j'eus un léger vertige ; les murs ... sous les toits étaient courbes et revêtus de bois ; la charpente apparente évoquait une carène renversée ; nous étions tous dans le même bateau qui approchait du port ».Mais  cette perception infime d'avoir été touché par l'aile froide est  tempérée à la dernière minute – tour de l'équilibriste du cirque -, par  le retour – jamais quitté de fait – au plaisir, sourire, de type british, chic et pince avec rire qui emballe une fois encore la vie... le verre est gagnant, toujours à moitié plein. Et puis, parfois, un cadeau au détour, ce texte très court sur une pensée si longue, qui nous rend

songeur : «les lecteurs ne lisent que les mots sur les pages et délaissent les blancs... Le blanc autour de Faulkner n'a pas la même tension ni la même réverbération que le blanc autour des mots de Proust»

Si présents en nous – on l'aura compris, les billets d'absence de Jean Jacques  (sans tiret, bien sûr) Nuel.

 

Martine L. Petauton

 


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A propos de l'écrivain

Jean-Jacques Nuel

 

Jean-Jacques Nuel est né à Lyon, en 1951. A publié des recueils de poèmes, et un roman, Le nom, en 2005 chez A Contrario.

 

A propos du rédacteur

Martine L. Petauton

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Rédactrice

Responsable du comité de rédaction

 

Chargée des relations avec les maisons d'édition

Présidente de l'association "Les amis de la Cause Littéraire"

Martinelpetauton@lacauselitteraire.fr

 

Professeure d'histoire-géographie

Rédactrice en chef du Webmag "Reflets du Temps"

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)